Bambous

Les bambous blancs : pruine, gaines et feuillages panachés

Par 6 min de lecture

Sasa veitchii
Sasa veitchii : ses feuilles se bordent de blanc à l’approche de l’hiver. Photo : Sage Ross, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

L'essentiel

Aucun bambou n'a de cannes blanches pour de bon : le blanc vient d'une cire poudreuse, d'un anneau sous les nœuds, de gaines pâles ou d'un feuillage panaché. Bambusa chungii, Phyllostachys nuda, Chusquea culeou, Pleioblastus variegatus, Sasa veitchii : ce qui est blanc, combien de temps, et lesquels choisir.

Autant le dire tout de suite : il n’existe pas de bambou à cannes blanches. Pas comme on a des bambous noirs ou jaunes, avec une canne colorée pour des années.

Ce qui existe, ce sont des bambous qui ont l’air blancs. Parce qu’une cire poudreuse couvre leurs jeunes cannes, parce que leurs gaines sont pâles, ou parce que leurs feuilles sont rayées de blanc. C’est moins simple, mais c’est très beau quand on sait ce qu’on achète.

D’où vient le blanc d’un bambou ?

Il y a quatre sources possibles, et elles ne durent pas toutes le même temps.

  • Une cire sur les jeunes cannes (la pruine) : un voile poudreux bleu-blanc à blanc. Spectaculaire, mais il s’use en une saison ou deux.
  • Un anneau de cire sous les nœuds : une bague blanche bien nette, sur une canne qui reste verte.
  • Des gaines pâles : les enveloppes qui protègent la jeune pousse. Chez quelques espèces, elles restent accrochées un moment et habillent la canne.
  • Le feuillage : des feuilles striées ou bordées de blanc crème. C’est le seul blanc qui dure toute l’année.

Les cannes poudrées de blanc

C’est le même phénomène que pour les bambous bleus. Une cire faite de minuscules cristaux se dépose sur la canne jeune. Plus elle est épaisse, plus le bleu tire vers le blanc. Mais dessous, la canne est verte.

Deux conséquences. Cette cire part au doigt et laisse une trace verte définitive. Et elle ne se reforme pas : le blanc, ce sont les cannes de l’année. Un bambou poudré se regarde, il ne se touche pas.

Les plus blancs :

  • Le Bambusa chungii, vendu sous des noms comme « bambou blanc » ou « Emperor White ». Une poudre blanche épaisse sur les jeunes cannes, qui paraissent bleu pâle à blanches. Elles passent ensuite au bleu-vert puis au vert émeraude. Il reste en touffe, mais c’est un bambou des pays chauds : -4 °C à la prudence. Côte d’Azur ou serre.
  • Le Himalayacalamus porcatus : au Népal, son nom local veut dire « petit bambou blanc ». Cannes fines gris-blanc à bleu clair, sans rouge. Compact, il se cultive bien en bac. Frileux lui aussi (vers -5 °C).
  • Le Borinda papyrifera : le bleu-blanc le plus intense des bambous qu’on peut cultiver dehors dans une partie de la France. Il vire au vert olive en un ou deux ans.
  • Le Borinda albocerea : son nom veut dire « cire blanche ». Entre-nœuds densément poudrés, gaines blanches. Rare, et frileux.
  • L’Otatea glauca : poudre blanc-argenté, aspect « bleu argent ». Introuvable en Europe à ma connaissance.
  • Le Fargesia denudata : le plus rustique du lot (-20 °C). Ses cannes fines et arquées sont poudrées de blanc la première saison. Un blanc discret, mais sur une plante facile.

L’anneau blanc sous le nœud

Certains Phyllostachys gardent la cire seulement juste sous chaque nœud. Ça fait une bague blanche, très graphique, sur une canne verte.

Le plus net est le Phyllostachys nuda. Cannes vert foncé, presque noires quelques semaines au printemps, et un anneau blanc poudré sous chaque nœud. Le contraste est franc. En prime, c’est l’un des plus rustiques (vers -23 °C). Mais c’est un traçant.

Le Phyllostachys iridescens porte aussi une bande blanche sous ses nœuds, sur une canne finement rayée de jaune. On le choisit plutôt pour ses gaines rouge-brun, mais l’anneau fait partie du charme.

Les gaines pâles du Chusquea culeou

Le Chusquea culeou, le bambou du Chili, est un cas à part. Ses gaines sont pâles, blanchâtres à couleur paille, et fines comme du papier. Au lieu de tomber vite, elles restent sur les cannes la première année. Elles dessinent des bandes claires sur des cannes vert olive à jaunâtres.

Autre originalité : ses cannes sont pleines, pas creuses. Il reste en touffe, tient vers -13 °C à la prudence, et ses petites feuilles poussent en bouquets serrés à chaque nœud. Un bambou qui ne ressemble à aucun autre.

Les feuillages panachés de blanc

Si vous voulez du blanc toute l’année, c’est ici qu’il faut regarder. Ce sont surtout de petits bambous, souvent utilisés en couvre-sol. Et presque tous tracent.

  • Pleioblastus variegatus : feuilles étroites vert vif rayées de blanc crème, 60 à 80 cm de haut. Très rustique (-20 °C). Soleil ou mi-ombre. Il s’étend vite et s’arrache mal : barrière ou bac.
  • Sasaella masamuneana ‘Albostriata’ : feuilles plus larges, vert foncé striées de blanc crème, 1 à 1,5 m. Les feuilles du printemps sont les plus panachées ; celles de l’été sortent presque vertes. D’où le conseil des pépinières : le rabattre chaque année au début du printemps pour relancer des feuilles neuves. Mi-ombre de préférence. Traçant vigoureux.
  • Hibanobambusa tranquillans ‘Shiroshima’ : de grandes feuilles vert foncé rayées de crème, jusqu’à 25 cm. Le panachage tient toute l’année. Au soleil, les bords et les jeunes feuilles prennent une teinte rose à pourpre. Plutôt mi-ombre. Il s’étale lentement, mais il s’étale.
  • Sasa veitchii : celui-là triche un peu. Ses grandes feuilles sont vert foncé, sans panachure. À l’automne, leur bord se dessèche et blanchit, et la plante passe l’hiver avec des feuilles vertes cerclées de blanc. Ce n’est pas une maladie, c’est son caractère. Petit (50 cm à 1 m), très rustique, traçant.

Honnêtement, le ‘Shiroshima’ tire plus sur le crème que sur le blanc. Si vous cherchez un blanc franc, le Pleioblastus variegatus et le Sasaella sont plus nets.

Le tableau des bambous « blancs »

Rusticité prudente (la moins froide citée par une source sérieuse), en pleine terre.

BambouCe qui est blancCombien de tempsRusticité (prudente)HauteurType
Bambusa chungiicire épaisse sur les cannesles jeunes cannes-4 °C6 à 12 mcespiteux
Himalayacalamus porcatuscire gris-blancles jeunes cannes-5 °C2 à 6 mcespiteux
Borinda papyriferacire bleu-blanc1 à 2 ans-10 °C4 à 8 mcespiteux
Borinda albocereacire blanche, gaines blanchesles jeunes cannes-8 °C2 à 6 mcespiteux
Fargesia denudatapoudre blanche légèrela 1re saison-20 °C2 à 4 mcespiteux
Phyllostachys nudaanneau sous chaque nœuddurable-23 °C6 à 9 mtraçant
Chusquea culeougaines pâlesla 1re année-13 °C3 à 6 mcespiteux
Pleioblastus variegatusfeuilles rayées de blanc crèmetoute l’année-20 °C0,6 à 0,8 mtraçant
Sasaella ‘Albostriata’feuilles striées de blanc crèmesurtout au printemps-15 °C1 à 1,5 mtraçant
Sasa veitchiibord des feuilles desséchéautomne-hiver-18 °C0,5 à 1 mtraçant
Hibanobambusa ‘Shiroshima’feuilles rayées de crèmetoute l’année-15 °C2 à 3 mtraçant lent

L’outil sait déjà les trier : trouver son bambou blanc, ou pour les feuillages, les bambous panachés.

À votre place, je choisirais comment ?

  • Un blanc toute l’année, au pied d’un massif : Pleioblastus variegatus ou Sasaella ‘Albostriata’, dans un bac enterré ou derrière une barrière.
  • Un effet graphique sur un grand bambou rustique : le Phyllostachys nuda et ses bagues blanches. Barrière obligatoire.
  • Une touffe originale, sans traçant : le Chusquea culeou, si l’hiver ne descend pas trop bas chez vous.
  • Le blanc poudré spectaculaire : climat doux, Bambusa chungii en pleine terre ou porcatus en bac. Ailleurs, voyez les Borinda dans le guide des bambous bleus.

Questions fréquentes

Existe-t-il un bambou à cannes vraiment blanches ?

Non, pas de façon permanente. Les cannes « blanches » sont des cannes vertes couvertes d’une cire poudreuse. Elle s’use avec le temps et le toucher, en une saison ou deux. Pour un blanc qui dure, il faut regarder les feuillages panachés.

Les feuilles de mon Sasa veitchii sèchent sur les bords : est-il malade ?

Non. C’est son comportement normal : à l’automne, la marge des feuilles se dessèche et blanchit. Tout l’intérêt de la plante est là, ces feuilles vert foncé bordées de blanc pendant l’hiver.

Pourquoi mon bambou panaché devient-il plus vert en été ?

Chez certains, comme le Sasaella ‘Albostriata’, les feuilles de printemps sont les plus panachées, celles de l’été presque vertes. Rabattre la touffe au début du printemps relance une pousse de feuilles neuves, bien striées. Le détail est dans l’article sur les petits bambous couvre-sol.

Le blanc chez les bambous, c’est de la cire ou du feuillage. Une fois qu’on le sait, on choisit beaucoup mieux.

PS : les autres couleurs de la série : dorés, noirs, rouges et rayés. Tout est récapitulé dans le guide des bambous de couleur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Le site web indiqué est lié à votre nom.