Poser une barrière anti-rhizomes : la méthode qui marche

L'essentiel
Pour contenir un bambou traçant, la barrière anti-rhizomes en PEHD reste la méthode de référence : 60 à 70 cm de profondeur, 5 à 10 cm hors du sol, une jonction par rail, une légère inclinaison vers l'extérieur et un contrôle chaque année. Les alternatives : fossé ou bac.
Vous avez craqué pour un bambou noir, ou pour des cannes dorées. Très bien. Seulement voilà : c’est un traçant, et dans trois ou quatre ans, ses rhizomes partiront explorer la pelouse, le potager et peut-être le jardin du voisin.
La parade existe, elle est connue depuis longtemps : la barrière anti-rhizomes. Encore faut-il la poser correctement. Une barrière mal posée, c’est une barrière qui rassure… pendant cinq ans.
Faut-il vraiment une barrière ?
Pour un bambou traçant, oui, dès qu’il est en pleine terre dans un jardin qui n’est pas immense. C’est le cas des Phyllostachys comme le Phyllostachys nigra, le Phyllostachys aurea ou le Phyllostachys bissetii, mais aussi des petits Pleioblastus et des Sasa.
Pour un bambou cespiteux, qui pousse en touffe, c’est inutile. Un Fargesia murielae ou un Fargesia nitida se contente d’un coup de bêche autour de la touffe de temps en temps. Si vous ne savez pas dans quelle famille range votre bambou, commencez par lire comment distinguer un traçant d’un cespiteux.
Le meilleur moment pour la poser, c’est à la plantation. Après, c’est possible, mais on creuse au milieu des rhizomes, et c’est nettement plus sportif.
Quel matériau choisir ?
Autrefois, on se débrouillait avec ce qu’on avait : un film plastique épais, ou de vieilles bordures en béton enterrées. Le béton arrête les rhizomes, mais chaque joint entre deux bordures est une porte ouverte. Et un rhizome trouve toujours la porte.
Aujourd’hui, on utilise une barrière en PEHD (polyéthylène haute densité), vendue en rouleaux spécialement pour les bambous. Ce plastique rigide, lisse et très résistant ne pourrit pas dans le sol, et la pointe d’un rhizome glisse dessus au lieu de le percer.
Ce qu’il faut regarder à l’achat :
- l’épaisseur : prenez une barrière épaisse et rigide, de l’ordre du millimètre au minimum, davantage pour les grands Phyllostachys ;
- la hauteur : 70 cm est une bonne base pour la plupart des jardins ;
- le système de fermeture : un rail de jonction (souvent en aluminium) vendu avec la barrière.
À oublier : le feutre géotextile, la bâche de jardin, le film de paillage. Les rhizomes les traversent comme du papier à cigarette.
La pose, étape par étape
- Tracez la surface à réserver au bambou. Soyez généreux : une touffe de Phyllostachys a besoin de place pour rester belle. Trop serrée, elle s’étiole et cherche d’autant plus à sortir. Une forme ronde ou ovale, sans angle vif, facilite la pose.
- Creusez une tranchée de 60 à 70 cm de profondeur sur le pourtour. Les rhizomes des traçants courent en général près de la surface : cette profondeur suffit dans la grande majorité des jardins.
- Posez la barrière dans la tranchée en la laissant dépasser du sol de 5 à 10 cm. C’est le point que tout le monde oublie, et c’est pourtant le plus important (on y revient plus bas).
- Inclinez-la légèrement, le haut penché vers l’extérieur, comme un entonnoir évasé. Un rhizome qui bute contre la paroi est alors guidé vers la surface, au lieu de plonger pour passer dessous.
- Fermez la boucle avec le rail de jonction, en faisant chevaucher les deux extrémités sur une bonne longueur. Pas d’agrafes, pas de ruban adhésif : un rhizome finit toujours par trouver le moindre jour.
- Rebouchez des deux côtés en tassant, puis plantez votre bambou au centre comme d’habitude (tout est expliqué dans l’article planter un bambou).
Pourquoi la barrière doit dépasser du sol
Un rhizome bloqué par la barrière ne s’arrête pas. Il longe la paroi, et un jour, il remonte et passe par-dessus. Si la barrière est enterrée à ras, il franchit l’obstacle sous la pelouse ou sous le paillis, sans que vous le voyiez. Vous le découvrez trois ans plus tard, au milieu des framboisiers.
Avec 5 à 10 cm hors de terre, le rhizome qui escalade la barrière est obligé de se montrer à l’air libre. Il suffit alors de le couper.
Pensez-y aussi au moment de pailler : le paillis ne doit jamais recouvrir le bord de la barrière.
Le contrôle annuel : cinq minutes, une fois par an
Une barrière n’est pas une installation qu’on pose et qu’on oublie. Une fois par an, de préférence à la fin de l’été ou en automne, quand les rhizomes ont fini leur croissance de la saison, faites le tour :
- repérez les rhizomes qui passent par-dessus le bord ;
- coupez-les au sécateur ou d’un coup de bêche bien affûtée, côté extérieur ;
- arrachez le morceau qui est passé, il ne doit pas rester en terre ;
- vérifiez que la jonction n’a pas bougé.
Si une canne sort de terre côté extérieur alors que rien n’est passé par-dessus, c’est qu’il y a une fuite, souvent à la jonction ou sous la barrière. Mieux vaut le savoir tôt.
Les alternatives à la barrière
Le fossé de contrôle
Dans un grand jardin, on peut se passer de barrière en creusant autour du bosquet une petite tranchée, de la profondeur d’un fer de bêche. On la laisse ouverte, ou on la remplit de sable ou de paillis léger. Les rhizomes qui la traversent sont bien visibles et se coupent facilement chaque année.
C’est une méthode qui demande un passage régulier. Si vous oubliez une saison, le bambou, lui, n’oubliera pas.
Le bac ou le grand pot
Pour une terrasse, un patio ou un petit jardin, la culture en bac règle la question une fois pour toutes. Il faut un contenant vaste, avec une bonne réserve de terre, et des arrosages réguliers. Toutes les explications sont dans l’article sur le bambou en pot.
Certains enterrent aussi un grand bac sans fond, ou une vieille cuve, autour de la touffe. Le principe est le même que la barrière, avec les mêmes règles : le bord doit dépasser du sol.
Choisir un bambou qui ne trace pas
La solution la plus simple reste de ne pas avoir à contenir quoi que ce soit. Si vous n’êtes pas attaché à un Phyllostachys en particulier, un cespiteux comme le Fargesia nitida ‘Nymphenburg’ fera le même effet de feuillage sans aucun souci de voisinage. L’outil Trouver son bambou vous aide à faire le tri.
Questions fréquentes
Peut-on poser une barrière autour d’un bambou déjà installé ?
Oui. Creusez la tranchée là où vous voulez fixer la limite, coupez à la bêche tous les rhizomes que vous rencontrez, et arrachez soigneusement ceux qui restent à l’extérieur. Sans ce nettoyage, les morceaux oubliés repartent de plus belle. Prévoyez des bras et une bonne pioche.
Une barrière suffit-elle pour une haie de bambous en limite de propriété ?
Elle est indispensable, mais elle ne dispense pas de respecter les distances de plantation par rapport à la limite. Tout est détaillé dans notre article sur la haie de bambous.
Combien de temps dure une barrière anti-rhizomes ?
Une barrière en PEHD épais, bien posée et bien fermée, est faite pour durer de très longues années dans le sol. Le point faible n’est pas le matériau : c’est la jonction, et l’oubli du contrôle annuel.
Une bonne barrière, c’est une après-midi de travail. Un bambou échappé, c’est des années de pioche. Le calcul est vite fait.
