Le bambou en pot sur la terrasse : variétés, contenant, arrosage
L'essentiel
Un bambou pousse très bien en pot s'il a un grand contenant drainé, un mélange riche sans tourbe, au moins un arrosage copieux par semaine en été et une protection du pot contre le gel. On le rempote ou on le divise tous les 3 à 4 ans.
Un bambou en pot sur une terrasse, c’est du feuillage qui bouge au moindre souffle, un écran léger contre le vis-à-vis, un petit goût d’exotisme, et aucun rhizome qui file chez le voisin.
Autant poser carte sur table tout de suite : c’est aussi la façon la plus exigeante de le cultiver.
En pleine terre, un bambou installé se débrouille.
En pot, il dépend de vous pour tout : l’eau, la nourriture, la protection du froid.
Mais bonne nouvelle, rien de tout ça n’est compliqué. Il faut juste ne pas l’oublier.
Quel bambou choisir pour un pot ?
Trois critères comptent. Un beau feuillage ou de belles cannes, puisqu’on va le regarder de près. Une taille adulte raisonnable, pour ne pas devoir rempoter tous les ans. Et une bonne résistance au froid, parce qu’en pot les racines sont bien moins protégées qu’en terre.
Les petits, pour une jardinière ou un pot moyen
- Pleioblastus variegatus : 60 à 80 cm, feuilles rayées de blanc, supporte très bien la taille.
- Pleioblastus pygmaeus var. distichus, le bambou fougère : le plus petit de tous, une trentaine de centimètres.
- Pleioblastus auricoma : feuillage jaune strié de vert, de quoi éclairer un coin de terrasse à mi-ombre.
- Sasaella masamuneana ‘Albostriata’ : feuilles striées de blanc, il reste autour d’un mètre en pot. Un pot foncé lui va bien.
Les moyens, pour faire un écran
- Fargesia nitida, le bambou bleu : il reste en touffe, encaisse bien le froid, mais veut de la fraîcheur et de la mi-ombre. Pas pour une terrasse plein sud.
- Phyllostachys nigra, le bambou noir : très décoratif, à condition de lui donner un grand bac et du soleil pour noircir ses cannes.
- Phyllostachys aurea, le bambou doré, et Pseudosasa japonica : deux valeurs sûres en grand contenant.
Les frileux, qu’on rentre l’hiver
Certains bambous ne supportent pas nos hivers dehors, et c’est justement le pot qui permet de les avoir. Otatea acuminata, le bambou pleureur du Mexique, ne tolère pas le gel. Bambusa ventricosa, le « ventre de Bouddha », et Bambusa multiplex ‘Alphonse Karr’ passent l’été sur la terrasse et l’hiver dans une pièce lumineuse et peu chauffée.
À l’inverse, certains n’aiment pas du tout le pot : Sasa veitchii veut un sol profond, et le magnifique Chusquea culeou s’y épuise en quelques années. Gardez-les pour la pleine terre. Si vous hésitez, l’outil « Trouver son bambou » filtre les variétés adaptées au pot selon votre hauteur et votre froid.
Quel pot : taille, matière, forme ?
La taille d’abord : prenez plus grand que ce que vous pensez. Un gros volume de terre garde l’eau plus longtemps, protège mieux les racines du froid et retarde le rempotage. Pour un bambou qui doit faire un vrai écran, pensez bac plutôt que pot.
Côté matière, chacune a ses défauts :
- Terre cuite : belle, lourde donc stable au vent, mais elle sèche vite. Choisissez-la ingélive (= qui ne gèle pas). Pas que vous allez le laisser au gel, mais une pot non traité va absorber l’eau.
- Plastique ou résine : léger, garde l’humidité. Un rhizome vigoureux finit parfois par le déformer voir même le percer. Posez-le sur des pieds afin de pouvoir contrôler l’état « en permanence », y compris sur le dessous, et ne pas avoir la surprise un jour de voir des cannes de bambou pousser à côté du pot, et votre pot fermement arrimé au sol. (Oui, c’est du vécu.)
- Métal : très graphique, mais il chauffe fort au soleil et refroidit vite l’hiver. À doubler à l’intérieur.
- Bois : un bac en bois isole plutôt bien les racines, été comme hiver.
Pour la forme, évitez les pots qui se resserrent en haut (type jarre ventrue). Le jour du rempotage, la motte ne sortira pas. Et vous n’aurez qu’un choix. Sacrifier le pot. Oui, c’est aussi du vécu avec un ficus.
Drainage et terreau : la base
Le bambou aime la fraîcheur, pas les pieds dans l’eau. Le pot doit avoir un trou d’écoulement bien dégagé, et reposer sur des cales pour que l’eau puisse sortir.
Autrefois, on mettait systématiquement une couche de graviers au fond. Aujourd’hui, on sait que ça ne draine pas mieux : l’eau reste au-dessus des graviers. Un trou dégagé et un mélange qui laisse passer l’eau font le travail.
Le mélange, justement, doit être léger, drainant, riche, et garder un peu d’humidité. À votre place, je ferais à parts à peu près égales :
- de la bonne terre de jardin bien foncée, pour la tenue (la terre trop claire est trop compacte et sans nutriments);
- un terreau sans tourbe de qualité ;
- du sable « de rivière », pour le drainage ;
- du compost bien mûr ou du fumier bien décomposé, pour la nourriture.
Pourquoi sans tourbe ? Parce que la tourbe vient de milieux naturels qu’on détruit pour l’extraire, et que les terreaux à base de fibres de bois, de coco ou de compost font aussi bien. Plus de détails dans notre guide quel terreau pour quelle plante.
Arroser : l’été, l’hiver
C’est là que tout se joue. Un bambou en pot a beaucoup plus soif qu’un bambou en terre, et il ne prévient pas longtemps à l’avance.
- En été : au moins un arrosage copieux par semaine, et bien plus souvent quand il fait chaud (coucou l’été 2026) ou que le pot est en plein soleil. Arrosez jusqu’à ce que l’eau ressorte par le trou.
- Le signal d’alarme : des feuilles qui s’enroulent sur elles-mêmes. Il a soif, maintenant. Arrosez sans attendre.
- Le petit plus : mouillez aussi le feuillage le soir par temps chaud. Il apprécie, et les acariens beaucoup moins.
- En hiver : le bambou garde ses feuilles, donc il continue à boire. Le terreau ne doit jamais sécher complètement. Arrosez hors période de gel, et videz la soucoupe.
Un paillis de quelques centimètres sur le dessus du pot (ses propres feuilles mortes, des écorces) limite l’évaporation. Un goutte-à-goutte programmé, si vous partez en vacances, n’est pas un luxe.
Le nourrir, sans excès
En pot, le bambou épuise vite sa terre. Le bon moment pour le nourrir, c’est la fin de l’hiver, juste avant la sortie des nouvelles pousses : un apport de compost en surface, ou un engrais organique riche en azote (le bambou est une graminée, il fait surtout des feuilles).
Les petits bambous panachés en pot apprécient quelques apports pendant la saison de pousse. Une exception amusante : le « ventre de Bouddha » renfle davantage ses nœuds quand on le laisse un peu à la diète. Lui, on ne le nourrit pas. Il est déjà assez bedonnant comme ça.
Protéger les racines du gel
Les rusticités annoncées sur les étiquettes valent pour un bambou en pleine terre. En pot, la motte gèle de tous les côtés à la fois. Comptez sur une résistance nettement plus faible : le ventre de Bouddha, par exemple, tient vers -10 °C en terre mais ne doit pas descendre sous -5 °C en pot.
- Surélevez le pot sur des cales ou une planche, pour l’isoler du sol gelé.
- Entourez le pot de plusieurs couches de toile de jute, de voile d’hivernage ou de papier bulle.
- Rapprochez-le d’un mur de la maison, à l’abri du vent du nord.
- Paillez le dessus de la motte.
- Pour les frileux, rentrez-les dans un endroit lumineux et hors gel.
Privilégiez les protections de couleur claire. Cela évite les chocs thermiques les journées de beau temps.
Une protection sombre peut chauffer rapidement au soleil d’hiver, la motte dégèle en journée puis regèle la nuit, et ces alternances abîment les racines plus qu’un froid régulier.
Pour les régions froides, mieux vaut partir d’une variété très rustique : voyez notre sélection de bambous résistants au froid. Et pour le reste du jardin, notre article pour préparer son jardin à affronter l’hiver.
Rempoter ou diviser, tous les 3 à 4 ans
Au bout de quelques années, le pot est plein de racines et de rhizomes. Les signes ne trompent pas : l’eau ruisselle sur le dessus sans pénétrer, des racines sortent par le trou, le feuillage s’éclaircit, le pot se déforme.
Comptez tous les 3 à 4 ans pour les petites espèces, un peu plus souvent pour les grandes. Le moment : la fin de l’hiver ou le tout début du printemps. Deux solutions : un pot plus grand, ou on garde le même pot et on divise la motte en deux ou trois morceaux. La méthode est détaillée dans notre article pour diviser un bambou.
Entre deux rempotages, coupez à la base les plus vieilles cannes : la touffe respire et s’affaiblit moins vite. Le calendrier complet est dans tailler et entretenir ses bambous.
Questions fréquentes
Un bambou traçant peut-il aller en pot ?
Oui, et c’est même une bonne façon de le maîtriser : le pot sert de barrière. Il remplira juste son contenant plus vite qu’un cespiteux, d’où un rempotage un peu plus fréquent. Si vous ne savez pas lequel vous avez, voyez bambou traçant ou cespiteux.
Pourquoi les feuilles de mon bambou en pot s’enroulent-elles ?
Presque toujours par manque d’eau. Arrosez copieusement, jusqu’à ce que l’eau ressorte en dessous. Si la motte est très sèche, trempez le pot entier dans un grand bac d’eau une demi-heure.
Mon bambou en pot a grillé cet hiver : est-il mort ?
Pas forcément. Un feuillage sec ne veut pas dire des racines mortes. Gardez la motte légèrement humide et attendez la fin du printemps : il repart souvent du pied. Ensuite seulement, vous pourrez juger.
Un bel endroit, à boire et à manger, au final votre bambou ne demande pas plus que vous.
PS : un grand bac plein de terre mouillée pèse très lourd. Sur un balcon, vérifiez ce que la dalle supporte avant d’installer une forêt.
