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Bambous

Bambou traçant ou cespiteux : comment savoir s’il va envahir votre jardin

Par 6 min de lecture

Rhizome de bambou traçant déterré, long et fin, posé à l'horizontale avec ses racines à chaque nœud et une jeune canne verte qui en sort
Photo : Kuebi = Armin Kübelbeck, licence CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

L'essentiel

Tous les bambous n'envahissent pas le jardin. Les traçants, aux longs rhizomes coureurs, s'étendent loin ; les cespiteux, aux rhizomes courts, restent en touffe. Comment les reconnaître, quels genres appartiennent à chaque famille, et lequel choisir.

« Un bambou ? Surtout pas, ça envahit tout. » On l’entend souvent, je l’ai cru longtemps et ce n’est qu’à moitié vrai. Ça a été ma vraie surprise quand j’ai réouvert mes vieux livres sur les bambous.
Visiblement, quand j’étais jeune, je ne regardais que les images.

Et « cespiteux », c’est quoi cet adjectif pour dire non traçant !?

Certains bambous partent effectivement à la conquête du jardin (et parfois de celui d’à côté). D’autres restent sagement en touffe, au même endroit, pendant des années.
Tout se joue sous terre, dans la forme de leurs rhizomes.

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Et avant de se jouer sous terre, ça se joue souvent dans votre portefeuille. Les bambous traçants coûtent généralement moins cher que les cespiteux.
Voyons donc comment faire la différence avant d’acheter, et comment reconnaître celui que vous avez déjà.
(Nous avons créé un outil pour identifier votre bambou juste ici)

Ce qui se passe sous terre

Le bambou est une graminée, une cousine du blé et des herbes de la pelouse. Comme beaucoup de graminées, il se développe grâce à des tiges souterraines : les rhizomes. C’est sur eux que naissent les nouvelles cannes chaque printemps.

Les botanistes distinguent deux grandes formes de rhizomes. Les noms sont un peu barbares (repensez à cespiteux, ils ne se sont pas arrêtés en si bon chemin), mais l’idée elle, pour le coup, est simple.

Les rhizomes leptomorphes : les coureurs

Ils sont longs, assez fins, et filent à l’horizontale sous la surface. Le long de leur trajet, des bourgeons peuvent donner une canne, ou un nouveau rhizome qui repart dans une autre direction. Résultat : les cannes sortent de terre à distance de la touffe de départ, parfois à plusieurs mètres.

Ce sont les bambous dits traçants.
Qu’on appelle aussi communément dans les petits jardins « des saloperies ».

Les rhizomes pachymorphes : les casaniers

Ils sont courts, épais, un peu recourbés, et font penser à un rhizome de gingembre. Chaque rhizome se redresse presque aussitôt pour donner une canne, juste à côté de la précédente. La touffe s’élargit donc lentement, par le bord, sans lancer d’expédition lointaine.

Ce sont les bambous dits cespiteux, du latin qui désigne une touffe de gazon.
Eux, on les appelle communément les « t’as de la chance de ne pas en avoir partout dans le jardin, mais fais gaffe quand même »*.

Les traçants : qui sont-ils ?

La plupart des bambous rustiques vendus en France sont des traçants. C’est là que le bât blesse. On y trouve notamment :

Ne vous fiez pas à la taille. Un petit bambou couvre-sol de 50 cm peut se montrer bien plus envahissant qu’un grand. Il occupe le terrain en largeur, faute de pouvoir le faire en hauteur.

Entre les deux, il existe des traçants plutôt modérés. Semiarundinaria fastuosa, Pseudosasa japonica ou Shibataea kumasaca avancent lentement et se contiennent assez facilement. Lentement ne veut pas dire jamais : ils restent des traçants.

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Les cespiteux : qui sont-ils ?

Bonne nouvelle : il existe des bambous rustiques qui poussent en touffe. Les plus connus sont les Fargesia, originaires des montagnes chinoises, qui encaissent les hivers rigoureux :

Leur seule vraie exigence : un coin frais. Ils n’aiment pas les étés brûlants du Midi.

D’autres cespiteux existent, mais ils craignent davantage le froid. Chusquea culeou, venu du Chili, réussit bien près des côtes. Les Bambusa, comme Bambusa multiplex ‘Alphonse Karr’, et Otatea acuminata sont plutôt des bambous de pot, à abriter l’hiver dans la plupart des régions.

« Tous les bambous envahissent » : vrai ou faux ?

Faux, donc. Mais l’idée reçue a la vie dure, et elle a ses raisons.

D’abord parce que les bambous les plus vendus sont des traçants. Ensuite parce qu’un traçant cache bien son jeu les premières années. Les jardiniers ont une formule pour ça : la première année il dort, la deuxième il rampe, la troisième il bondit. Votre bambou a besoin de trois ou quatre ans pour s’installer. Une fois installé, il rattrape le temps perdu.

Le climat compte aussi. Un traçant court beaucoup plus dans une terre légère, chaude et bien arrosée que dans un sol lourd d’une région aux hivers froids. Le même bambou peut se montrer sage chez vous et conquérant chez votre cousin du Sud-Ouest.

À l’inverse, cespiteux ne veut pas dire immobile. Une touffe de Fargesia s’élargit année après année. Simplement, elle le fait en restant d’un seul tenant, et on la garde facilement dans ses limites avec une bêche.

Comment savoir ce que vous avez déjà ?

Vous avez hérité d’un bambou sans étiquette ? Trois indices suffisent en général.

  1. Regardez où sortent les cannes. Si de nouvelles pousses apparaissent à un ou deux mètres de la touffe, dans la pelouse ou au milieu d’un massif, c’est un traçant. Pas besoin de chercher plus loin.
  2. Regardez la forme de la touffe. Un cespiteux forme un bouquet serré, net, avec des cannes qui partent toutes d’une même base. Un traçant donne plutôt un bosquet aux contours flous.
  3. Grattez un peu la terre au bord. Un rhizome long, fin, régulier, avec des nœuds bien marqués et des bourgeons, qui file à l’horizontale : traçant. Des renflements courts et trapus serrés contre la base des cannes : cespiteux.

Le nom de genre aide aussi, si vous l’avez. Un Phyllostachys, un Pleioblastus ou un Sasa sont des traçants. Un Fargesia est un cespiteux.

Alors, lequel choisir ?

Tout dépend de la place et de ce que vous attendez de lui.

  • Petit jardin, patio, bambou près d’une limite de propriété : un cespiteux. À votre place, je commencerais par un Fargesia, c’est le choix le plus tranquille.
  • Envie de grandes cannes colorées (noires, dorées, striées) : il faudra passer par un Phyllostachys, donc un traçant. Pas de panique, il se contient très bien avec une barrière anti-rhizomes bien posée, ou en culture en grand pot.
  • Talus à tenir, grande surface à couvrir : là, un traçant est un allié. Ses rhizomes tissent un réseau serré qui retient la terre. Voyez les petits bambous couvre-sol.

Pour trier selon votre région, votre exposition et l’usage prévu, l’outil Trouver son bambou fait le travail en quelques clics. Il indique pour chaque variété si elle est traçante ou cespiteuse.

Et si le bambou est destiné à faire écran avec le voisin, lisez aussi notre article sur la haie de bambous. Il y a des distances à respecter.

Questions fréquentes

Un bambou traçant peut-il traverser une dalle ou une terrasse ?

Un rhizome ne perce pas une dalle de béton en bon état. En revanche, il se glisse dans la moindre fissure, sous les pavés posés sur sable, sous une terrasse en bois ou sous une bordure mal jointe. Il ressort alors là où on ne l’attendait pas.

Peut-on transformer un traçant en cespiteux en le taillant ?

Non. Couper les cannes ne change rien à ce qui se passe sous terre : le comportement des rhizomes est inscrit dans l’espèce. Pour limiter un traçant, il faut agir sur les rhizomes, avec une barrière, un fossé de contrôle ou un bac.

Comment se débarrasser d’un bambou traçant qui a envahi le jardin ?

Il faut arracher les rhizomes, à la bêche et à la pioche, le plus complètement possible. Couper les cannes à ras du sol ne suffit pas : la plante repart sur ses réserves. Sur les repousses suivantes, coupez chaque nouvelle canne dès qu’elle sort, le rhizome finira par s’épuiser. C’est (très/trop) long, et c’est justement pour ça qu’il faut poser une barrière dès la plantation.

* Non, c’est un cespiteux. Piteux oui, comme ta culture générale, beau frère.

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