Bambous étonnants : cannes carrées, ventrues, géants, nains et records
L'essentiel
Des bambous à cannes carrées, ventrues, en écaille de tortue ou en zigzag, un géant de 46 m et un nain de 2 cm, des bambous qui piquent, qui grimpent ou qui font des fruits : le tour des curiosités, et ce qu'on peut vraiment planter en France.
On croit connaître le bambou : une canne ronde, verte, creuse, avec des nœuds bien réguliers. C’est vrai pour la plupart.
Mais il existe des bambous à cannes carrées, d’autres qui prennent du ventre, d’autres encore qui avancent en zigzag. Il y a un géant de 46 mètres et un nain de 2 centimètres. Un bambou qui pique, un autre qui grimpe aux arbres, un troisième qui fait des fruits gros comme une poire.
Voici le tour des curiosités, en version courte. Chaque thème a son article détaillé, et chaque bambou nommé a sa fiche.
Des cannes qui ne sont pas rondes
Commençons par les formes. Certaines sont inscrites dans les gènes de la plante, d’autres dépendent de la façon dont on la cultive. La nuance compte quand on achète.
- La canne carrée. Le Chimonobambusa quadrangularis a des cannes à quatre faces, aux angles arrondis. Passez la main dessus : on le reconnaît les yeux fermés. Sa cousine dorée, la forme ‘Suow’, a la même section. Quand j’ai appris l’existence de ce type de bambou, j’ai été très étonné.
- Le ventre de Bouddha. Le Bambusa ventricosa gonfle ses entre-nœuds quand il devient à l’etroit dans un pot. Le Bambusa vulgaris ‘Wamin’, lui, reste ventru même en pleine terre.
- L’écaille de tortue. Le Phyllostachys edulis ‘Kikko’ a des nœuds obliques, serrés à la base de la canne, qui dessinent une carapace.
- La bouteille. (Perso j’appelle ça le Dad bod) Chez le Pseudosasa japonica ‘Tsutsumiana’, chaque entre-nœud enfle comme le ventre d’un quaternaire.
- Le zigzag. Quelques cannes du Phyllostachys aureosulcata ‘Spectabilis’ font un coude à chaque nœud du bas. Le Shibataea kumasaca fait la même chose en miniature.
- Les nœuds en soucoupe. Le Chimonobambusa tumidissinoda porte des nœuds en disque, souvent deux fois plus larges que la canne. Les Chinois en font des cannes de marche depuis la dynastie Han, il y a plus de deux mille ans. J’adore sa forme, mais il ne résiste pas assez au froid pour chez nous.
- L’accordéon. Le très courant Phyllostachys aurea tasse parfois ses entre-nœuds du bas, une fois la touffe adulte.
D’où viennent ces formes, et comment les accentuer ? C’est l’objet de l’article sur les bambous aux formes étonnantes.
Du géant de 46 mètres au bambou de 2 centimètres
Le plus grand bambou connu est le Dendrocalamus sinicus, du Yunnan. Sa canne record mesurait 46 m de haut pour 36 cm de diamètre. Derrière lui viennent le Dendrocalamus giganteus (20 à 30 m couramment) et le Dendrocalamus asper, plus modeste avec ses 15 à 20 m.
Tous les trois sont tropicaux. Ce sont des plantes de record, pas pour nos jardins.
En France, le champion est le bambou moso : 20 à 25 m à la Bambouseraie d’Anduze, dans le Gard. Ça reste respectable.
À l’autre bout de l’échelle, Raddiella vanessiae, un bambou herbacé de Guyane décrit en 2007, ne dépasse pas 1 à 2 cm. Côté jardin, le plus petit bambou ligneux cultivé est le Pleioblastus pygmaeus : environ 25 cm au soleil.
Le classement complet, et ce qui est faisable chez nous, se trouve dans bambous géants et nains.
Les records qui donnent le vertige
Le bambou collectionne les superlatifs. Quelques-uns, vérifiés :
- La croissance. Plus d’un mètre en 24 heures, mesuré sur le moso et sur le Phyllostachys bambusoides. Dans un climat chaud et humide, s’entend.
- Le froid. Le Fargesia murielae et le Fargesia nitida sont donnés autour de -25 °C par plusieurs pépinières.
- Les feuilles. Celles de l’Indocalamus tessellatus atteignent 60 cm de long. On y emballe le riz gluant en Chine.
- Les épines. Le Guadua angustifolia et le Bambusa bambos arment leurs rameaux du bas. En Inde, le second sert de haie défensive.
- Les lianes. Les Dinochloa d’Asie du Sud-Est grimpent dans les arbres jusqu’à 10 ou 30 m. Au Chili, le Chusquea quila s’appuie lui aussi sur ses voisins.
- Le fruit. Le Melocanna baccifera produit une baie charnue en forme de poire, le plus gros fruit de toutes les graminées.
- La patience. Le Phyllostachys bambusoides ne fleurit qu’une fois tous les 120 ans environ. Toutes les plantes de la même souche, en même temps, partout dans le monde.
Les chiffres, leurs sources et leurs désaccords (il y en a) sont dans l’article sur les records des bambous. Et pour les floraisons, un article à part : la floraison des bambous.
Lesquels peut-on vraiment planter chez soi ?
Une bonne partie des bizarreries se cultive dehors en France. Mais en gros n gros, trois cas.
Les curiosités rustiques
Le bambou carré, le ‘Kikko’, le ‘Tsutsumiana’, les Phyllostachys en zigzag ou en accordéon, le Chimonobambusa tumidissinoda, l’Indocalamus tessellatus, le Sasa palmata, le Pleioblastus pygmaeus. Tous supportent nos hivers dans une bonne partie du pays.
Mais attention : presque tous sont traçants. Le carré, le tumidissinoda et le Sasa palmata, en particulier, ne se tiennent pas tranquilles. Prévoyez une barrière anti-rhizomes ou un grand bac. Si la différence entre traçant et « cespiteux » ne vous parle pas, elle est expliquée dans bambou traçant ou cespiteux.
Les frileux à rentrer l’hiver
Le Bambusa ventricosa vit en pot, dehors l’été, à l’abri du gel l’hiver. Sur le littoral méditerranéen, il passe parfois en pleine terre. Le ‘Wamin’, plus frileux, demande une véranda hors gel ou une serre.
Les records à admirer de loin
Les Dendrocalamus, le Guadua, le Bambusa bambos, le Melocanna : tous tropicaux. Au mieux une serre chaude de jardin botanique. Leur place ici, sur ce site, c’est par pure curiosité, pas un conseil d’achat. Ni un defi lancé pour en trouver à acheter.
Pour retrouver d’un coup tous les bambous d’une même forme, l’outil a un filtre : par exemple les cannes carrées, les cannes en zigzag, les bambous ventrus ou les feuilles géantes.
Trois idées reçues à corriger
« Les bambous carrés sont moulés. » Pas tous. Au Japon, à Kyoto, des artisans posent un cadre carré autour d’une jeune pousse de moso : la canne prend la forme du moule. C’est une technique, pas une variété. Les pousses suivantes de la même plante sortent rondes.
Le Chimonobambusa quadrangularis, lui, est carré de naissance.
« Le ‘Kikko’ est taillé par des jardiniers japonais. » Non plus.
C’est une mutation naturelle du moso. Une étude publiée en 2026 relie ses entre-nœuds raccourcis à un gène de croissance qui fonctionne mal.
« Phyllostachys heterocycla, c’est encore un autre bambou. » C’est le même ‘Kikko’, sous un ancien nom.
Si un vendeur vous propose les deux, vous achèterez deux fois la même plante. J’espère au moins que les prix seront les mêmes.
Questions fréquentes
Quel bambou étonnant choisir pour un petit jardin ?
Le Shibataea kumasaca : 1 à 1,5 m, tiges en zigzag, peu traçant, rustique. Le Bambusa ventricosa en pot est aussi une bonne idée, à condition de pouvoir le mettre à l’abri du gel l’hiver.
Un bambou à forme étonnante est-il plus fragile qu’un autre ?
Pas forcément. La forme n’a rien à voir avec la rusticité. Le ‘Kikko’ tient environ -18 °C, comme beaucoup de Phyllostachys. Le bambou carré perd ses feuilles vers -10 °C, mais sa souche tient autour de -15 °C. Ce sont ses pousses d’automne qui gèlent facilement.
Peut-on voir ces bambous quelque part en France ?
La Bambouseraie d’Anduze, dans le Gard, plantée à partir de 1856, abrite des moso de 20 à 25 m. C’est l’endroit le plus simple pour voir à quoi ressemble un moso adulte. Pour les petites curiosités (carré, ‘Kikko’, ‘Tsutsumiana’), les pépinières spécialisées en bambous sont le meilleur pari.
Un bambou rond et vert, c’est très bien. Mais vous savez maintenant qu’il existe autre chose.
