Bambous

Records des bambous : un mètre par jour, -25 °C, feuilles de 60 cm et fruit de 300 g

Par 6 min de lecture

Image d'illustration : une main posée sur une jeune canne de bambou verte, au milieu d'une bambouseraie dense au sol couvert de feuilles sèches

L'essentiel

Le bambou pousse-t-il vraiment d'un mètre par jour ? Les vrais chiffres (Guinness, moso, madake), le plus rustique, les plus grandes feuilles, les bambous épineux et grimpants, le fruit géant du Melocanna et les floraisons tous les 120 ans.

« Le bambou pousse d’un mètre par jour. » Vous l’avez forcément lu quelque part. C’est vrai. Enfin, c’est vrai pour certains bambous, certains jours, dans certains pays.

Les records des bambous sont réels, mais ils circulent souvent avec la mauvaise espèce ou le mauvais chiffre. Voici les principaux, avec ce qu’on sait vraiment, et ce qu’ils changent (ou pas) pour votre jardin.

Un mètre par jour, vraiment ?

Trois chiffres reviennent, et ils ne disent pas tout à fait la même chose.

  • 91 cm en 24 heures, soit environ 3,8 cm par heure. C’est le record du Guinness pour la plante qui pousse le plus vite. Il est attribué à « certaines espèces » de bambou, sans en nommer aucune. Beaucoup de sites le collent au moso : le Guinness, lui, ne le fait pas.
  • 114,5 cm par jour pour le moso (Phyllostachys edulis). C’est une mesure scientifique publiée en 2022 : le pic de croissance de pousses de 3,4 à 4,6 m, sur plus de 510 cannes issues de 17 populations, en Chine.
  • 121 cm en 24 heures pour le Phyllostachys bambusoides, le madake. Mesuré par le chercheur japonais Koichiro Ueda près de Kyoto, le 23 juin 1955, et publié en 1960. D’où les deux dates qu’on lit selon les sites.

Autrement dit, la mesure scientifique la plus récente dépasse le chiffre du Guinness, et celle d’Ueda dépasse les deux. Retenez « autour d’un mètre par jour, au pic, pour les meilleurs ».

Comment est-ce possible ?

La pousse qui sort de terre contient déjà tous les nœuds de la future canne, en miniature. Elle n’a rien à « fabriquer » en hauteur : elle s’allonge. Et tous les entre-nœuds s’allongent en même temps, chacun avec sa propre zone de croissance à la base.

C’est un peu comme une longue-vue qu’on déplie, avec des dizaines de tubes à la fois. En une saison, la canne atteint sa hauteur définitive. Ensuite, elle ne grandit plus et ne grossit plus.

Et dans mon jardin ?

Beaucoup moins. Ces records valent pour un climat chaud et humide. En Angleterre, le botaniste W. J. Bean notait pour la variété moso « près de 30 cm en 24 heures ».
Pas assez pour voir pousser à vue d’œil. Ou, si vous êtes patient, prenez une chaise, et un gros thermos de thé.
Et des bouteilles. Vous comprendrez l’utilité des bouteilles après vos 3 litres de thé.

Le plus résistant au froid

Ce titre revient aux Fargesia de montagne : le Fargesia murielae, le bambou parapluie, et le Fargesia nitida. Les pépinières les annoncent autour de -25 °C, et jusqu’à -29 °C pour certaines sélections du murielae.

Chez les grands Phyllostachys, le Phyllostachys nuda est souvent cité comme le plus rustique : -23 °C pour une grande pépinière américaine, -26 °C ailleurs. Même si ses cannes gèlent, il repart des rhizomes.

Sur nos fiches, ces valeurs sont arrondies du côté prudent. La liste complète est dans les bambous résistants au froid.

Les plus grandes feuilles

Record pour l’Indocalamus tessellatus : des feuilles jusqu’à 60 cm de long sur 10 cm de large, les plus grandes de tous les bambous cultivés. Leur poids fait ployer les tiges, et le vent les déchire. En Chine, on y enveloppe le riz gluant. La plante, elle, reste à 1 à 2,5 m, trace, et tient au moins -15 °C.

Attention aux homonymes : le Bergbambos tessellata est un bambou de montagne d’Afrique du Sud, sans rapport. Et l’Indocalamus latifolius a des feuilles larges, mais plus petites.

Sur la deuxième marche, le Sasa palmata : jusqu’à 35 cm sur 10, étalées en main au sommet des tiges. Très traçant. Et une curiosité : l’Hibanobambusa tranquillans ‘Shiroshima’, un hybride naturel entre deux genres (un Phyllostachys et un Sasa). Il a le port du premier et les grandes feuilles du second, jusqu’à 25 cm, panachées de crème.

Les bambous qui piquent

Deux géants tropicaux sont armés pour de bon. Le Guadua angustifolia, grand bambou de construction de Colombie (20 à 30 m), porte des épines sur les rameaux du tiers inférieur. Le Bambusa bambos, en Inde, forme des touffes si denses et si épineuses qu’on fait des haies avec.

Chez nos bambous rustiques, rien de tel. Les petites pointes à la base du bambou carré sont des racines aériennes avortées, pas de vraies épines.

Les bambous qui grimpent

Oui, il existe des bambous lianes. Les Dinochloa, un genre d’une quarantaine d’espèces d’Asie du Sud-Est, ont des tiges de 1 à 5 cm de diamètre selon les espèces, qui montent dans les arbres sur 10 à 30 m en s’enroulant. Sans support, elles poussent en zigzag. Leurs fruits sont charnus. Introuvables en culture.

Plus près de nous, le Chusquea quila, du Chili, pousse en buisson grimpant ou couché, appuyé sur la végétation voisine. Une source le dit cultivé dans des jardins botaniques britanniques et rustique vers -15 °C. Une seule source : je le note, sans m’avancer.

Au passage, les Chusquea ont un autre record : la plupart ont des cannes pleines, pas creuses. C’est presque unique chez les bambous. Le Chusquea culeou, cultivé chez nous, en est l’exemple le plus facile à voir.

Le plus gros fruit des graminées

Le Melocanna baccifera, bambou du nord-est de l’Inde et des régions voisines, produit une baie charnue en forme de poire, à bec recourbé, de 4 à 12 cm. Elle pèse de 47 à 180 g selon les sources, et jusqu’à 300 g a été signalé. C’est le plus gros fruit de toutes les graminées. Il germe souvent encore accroché à la plante.

Ce bambou fleurit tous ensemble, à intervalles de plusieurs décennies (environ 48 ans d’après les dates relevées au Mizoram : 1863, 1911, 1959, 2007), puis meurt. Les fruits tombent par tonnes. Ils sont sucrés mais pauvres en protéines, et les rats pullulent. Une fois les fruits épuisés, les rats se rabattent sur les récoltes. Là-bas, ce phénomène porte un nom : le mautam.

Les floraisons les plus espacées

Le Phyllostachys bambusoides détient un record de patience : un cycle d’environ 120 ans, le plus long connu. On a des floraisons attestées en Chine en 919 et en 1114, au Japon entre 1716 et 1735, puis à la fin des années 1960 un peu partout dans le monde, sur des plantes issues de la même souche. Une hypothèse classique : en fleurissant tous ensemble, les bambous produisent plus de graines que les animaux ne peuvent en manger.

Son cousin le Phyllostachys nigra ‘Henonis’ fleurit au Japon depuis 2020, environ 120 ans après la fois précédente, alors qu’on l’attendait vers 2028. Une équipe de l’université d’Hiroshima a suivi les bosquets : aucune graine, des tiges qui meurent, et une reprise par les rhizomes survivants.

Ce qu’il faut savoir pour votre jardin, et comment reconnaître un bambou en fleur, est expliqué dans l’article sur la floraison des bambous.

Les records en un coup d’œil

RecordBambouChiffreAu jardin en France ?
Croissance (mesure publiée)Ph. bambusoides121 cm en 24 h (1955)oui, mais bien moins vite
Croissance (mesure récente)Ph. edulis (moso)114,5 cm par jouroui, mais bien moins vite
Plus rustiqueFargesia murielae, F. nitida-25 à -29 °C selon les sourcesoui, partout
Plus grandes feuillesIndocalamus tessellatus60 × 10 cmoui (traçant)
ÉpineuxGuadua angustifolia, Bambusa bambosrameaux bas épineuxnon (tropicaux)
GrimpantDinochloa10 à 30 m dans les arbresnon
Plus gros fruitMelocanna baccifera4 à 12 cm, jusqu’à 300 g signalénon (tropical)
Floraison la plus espacéePh. bambusoidesenviron 120 ansoui

Pour les records de taille (le plus grand, le plus petit), voyez bambous géants et nains. Et pour trouver un bambou qui tient chez vous, record ou pas : l’outil pour choisir son bambou, avec un filtre pour les feuilles géantes et un autre pour les épineux.

Questions fréquentes

Quel bambou pousse le plus vite ?

La plus forte croissance publiée est celle du Phyllostachys bambusoides : 121 cm en 24 heures, mesurée au Japon en 1955. Le moso suit de près, avec 114,5 cm par jour dans une étude de 2022. Le record du Guinness (91 cm) ne nomme aucune espèce.

Une canne de bambou continue-t-elle de grandir après sa première année ?

Non. Elle atteint sa hauteur et son diamètre définitifs en une seule saison. Ensuite, elle se ramifie et durcit, mais ne grandit plus. Ce sont les nouvelles cannes, d’année en année, qui sortent plus hautes et plus grosses.

Peut-on goûter le fruit du Melocanna ?

Il est sucré, mais pauvre en protéines. Surtout, ce bambou est tropical, introuvable en culture en Europe, et ne fructifie qu’à plusieurs décennies d’intervalle. Les chances d’en croiser un en France sont à peu près nulles.

Les records sont là-bas. Le plaisir, lui, peut très bien être ici.

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