Bambous géants et nains : du colosse de 46 m au bambou de 2 cm
L'essentiel
Du Dendrocalamus sinicus (46 m) au minuscule Raddiella vanessiae (1-2 cm), le classement des bambous du plus grand au plus petit, et surtout ce qui pousse vraiment en France : le moso d'Anduze, les grands Phyllostachys, les nains couvre-sol.
Entre le plus grand bambou du monde et le plus petit, il y a un rapport de 1 à plus de 2 000. Le premier dépasse un immeuble de dix étages. Le second se cache sous une feuille morte.
Entre les deux, il y a tout ce qu’on peut planter chez soi. Faisons le voyage, du haut vers le bas, en gardant une question en tête : qu’est-ce qui pousse vraiment en France ?
Les géants du monde : des plantes de record
Le plus grand bambou connu est le Dendrocalamus sinicus, du sud du Yunnan, en Chine. Sa canne record, relevée à Menghai, mesurait 46 m pour 36 cm de diamètre. Une canne de cette espèce peut peser jusqu’à 450 kg. On ne la trouve pas dans le commerce.
Le deuxième, le Dendrocalamus giganteus, monte couramment à 20 ou 30 m, avec des cannes de 20 à 30 cm de diamètre. Une canne de 42 m a été signalée.
Viennent ensuite trois géants de 20 à 30 m, ou presque :
- le Bambusa bambos, en touffes très denses (40 m relevés), aux rameaux bas couverts d’épines ;
- le Guadua angustifolia, le grand bambou de construction de Colombie, lui aussi épineux en bas ;
- le Dendrocalamus asper, « seulement » 15 à 20 m, réputé pour ses pousses comestibles.
Leur point commun : ils sont tous tropicaux. Ils ne supportent pas, ou presque pas, le gel (-1 à -2 °C au mieux). En France, c’est la serre chaude d’un jardin botanique ou rien. Je les cite pour le plaisir des chiffres, pas pour vous les faire acheter.
Le plus grand bambou de France : le moso
Chez nous, le champion est le Phyllostachys edulis, le moso (l’ancien Ph. pubescens). À la Bambouseraie d’Anduze, dans le Gard, plantée à partir de 1856, ses cannes atteignent 20 à 25 m.
Ne rêvez pas trop pour autant. Anduze, c’est un sol profond, de l’eau, de la chaleur et plus d’un siècle et demi d’installation. Dans un jardin ordinaire, notre fiche annonce plutôt 10 à 25 m selon le climat, et il faut des années avant que la touffe sorte ses grosses cannes. Un bambou jeune fait des cannes fines. Chaque printemps, les nouvelles sortent un peu plus grosses que les précédentes, à mesure que la souche se renforce. (Une canne, elle, ne grossit plus une fois sortie.)
Et c’est un traçant vigoureux. Un moso sans barrière anti-rhizomes, c’est clairement un projet de forêt en quelques années.
Les grands bambous qu’on peut vraiment planter
Si vous voulez viser grand (sky is the limit !), plusieurs Phyllostachys rustiques dépassent 10 m en bonnes conditions, selon nos fiches :
- Phyllostachys vivax ‘Aureocaulis’ : 10 à 15 m, cannes jaunes de 8 à 13 cm ;
- Phyllostachys viridis ‘Sulphurea’ : 10 à 15 m ;
- Phyllostachys violascens : 8 à 12 m ;
- Phyllostachys bambusoides, le madake : 8 à 10 m.
Tous sont traçants, tous aiment le soleil, tous tiennent autour de -18 à -20 °C. Les grands bambous rustiques en touffe sont rares. Le Semiarundinaria fastuosa (6 à 8 m, peu traçant, très droit) et le Borinda papyrifera (4 à 8 m mais plus frileux) sont les plus proches de ce compromis.
Pour une haie haute, voyez aussi l’article sur la haie de bambous.
Les nains : du couvre-sol au bambou microscopique
Le plus petit bambou du monde s’appelle Raddiella vanessiae. Ses tiges mesurent 1 à 2 cm sur environ 2 mm d’épaisseur. Il pousse dans les savanes de Guyane et n’a été décrit qu’en 2007 !
C’est un bambou herbacé, sans canne ligneuse : rien à voir avec ce qu’on plante au jardin. C’est de l’herbe quoi.
Côté jardin, le plus petit bambou ligneux cultivé est le Pleioblastus pygmaeus : environ 25 cm au soleil, 40 à 50 cm à l’ombre. Il forme un tapis dense, qu’on tond à la fin de l’hiver pour le garder bas et frais.
Juste au-dessus, on trouve :
- le Pleioblastus ‘Distichus’ (30 à 50 cm), le bambou fougère, aux petites feuilles rangées sur deux rangs ;
- le Sasa veitchii (50 cm à 1 m), dont les feuilles se bordent de blanc l’hiver ;
- le Pleioblastus variegatus (60 à 80 cm), panaché de blanc ;
- le Pleioblastus pumilus (60 cm à 1 m) ;
- le Shibataea kumasaca (1 à 1,5 m), qui ressemble à peine à un bambou.
Le piège, c’est que petit ne veut pas dire sage. Presque tous les nains sont des traçants, souvent très coureurs : c’est justement ce qui en fait de bons couvre-sols. Le Shibataea, peu traçant, fait exception. Tout est détaillé dans l’article sur les petits bambous couvre-sol.
Le tableau, du plus grand au plus petit
Hauteurs adultes en bonnes conditions. Pour les bambous du jardin, ce sont les valeurs de nos fiches ; pour les records, les chiffres publiés.
| Bambou | Hauteur | Rusticité | Type | En France ? |
|---|---|---|---|---|
| Dendrocalamus sinicus | jusqu’à 46 m | tropical | cespiteux | non (introuvable) |
| Dendrocalamus giganteus | 20 à 30 m (42 m signalé) | -2 °C | cespiteux | serre chaude |
| Bambusa bambos | 20 à 30 m | -1 °C | cespiteux | non |
| Guadua angustifolia | 20 à 30 m | -2 °C | cespiteux | serre chaude |
| Phyllostachys edulis (moso) | 10 à 25 m | -20 °C | traçant | oui, avec de la place |
| Dendrocalamus asper | 15 à 20 m | -2 °C | cespiteux | serre chaude |
| Ph. vivax ‘Aureocaulis’ | 10 à 15 m | -18 °C | traçant | oui |
| Ph. viridis ‘Sulphurea’ | 10 à 15 m | -20 °C | traçant | oui |
| Ph. violascens | 8 à 12 m | -18 °C | traçant | oui |
| Ph. bambusoides (madake) | 8 à 10 m | -20 °C | traçant | oui |
| Semiarundinaria fastuosa | 6 à 8 m | -20 °C | peu traçant | oui |
| Borinda papyrifera | 4 à 8 m | -10 °C | cespiteux | régions douces |
| Fargesia murielae | 2 à 3 m | -25 °C | cespiteux | oui, partout |
| Shibataea kumasaca | 1 à 1,5 m | -20 °C | peu traçant | oui |
| Pleioblastus pumilus | 0,6 à 1 m | -20 °C | traçant | oui |
| Pleioblastus variegatus | 0,6 à 0,8 m | -20 °C | traçant | oui |
| Sasa veitchii | 0,5 à 1 m | -18 °C | traçant | oui |
| Pleioblastus ‘Distichus’ | 0,3 à 0,5 m | -20 °C | traçant | oui |
| Pleioblastus pygmaeus | 0,25 à 0,5 m | -20 °C | traçant | oui |
| Raddiella vanessiae | 1 à 2 cm | tropical | herbacé | non |
Ce qui est faisable en France, en clair
- Plus de 10 m : possible avec un moso ou un grand Phyllostachys, du soleil, de l’eau, de la place et une barrière. Comptez quelques années.
- 3 à 8 m en touffe : le terrain des Fargesia, des Borinda et du Semiarundinaria. Le plus confortable pour un jardin moyen.
- Un mètre et moins : les Pleioblastus, Sasa et Shibataea. Faciles, rustiques, mais à contenir.
- Au-delà de 20 m ou en dessous de 10 cm : ce sont des records tropicaux. Juste pour bon à pouvoir étaler sa science lors de dîners mondains.
Pour trouver la bonne hauteur selon votre jardin et votre climat, l’outil fait le tri : trouver son bambou. Il a aussi deux filtres pour les curieux : les géants et les nains.
Questions fréquentes
Quel est le plus grand bambou qu’on peut planter en France ?
Le moso, Phyllostachys edulis. Il atteint 20 à 25 m à la Bambouseraie d’Anduze. Dans un jardin, notre fiche donne 10 à 25 m selon le climat, atteints après de longues années. Prévoyez une barrière anti-rhizomes sérieuse.
Un bambou nain reste-t-il petit tout seul ?
Oui en hauteur, non en surface. Le Pleioblastus pygmaeus reste à 25-50 cm, mais il s’étale par ses rhizomes. Une tonte à la fin de l’hiver le garde bas et renouvelle le feuillage. Pour la largeur, il faut une bordure enterrée.
Peut-on cultiver un bambou géant tropical en véranda ?
Pas à sa taille adulte : une canne de 20 m ne tient sous aucun toit de véranda. Et ces géants demandent de la chaleur toute l’année, pas seulement l’absence de gel. Leur place, c’est la serre chaude d’un jardin botanique.
Le plus grand bambou du monde ne poussera pas chez vous. Le plus petit non plus. Tout le reste, si.
PS : d’autres curiosités vous attendent dans le tour des bambous étonnants et dans l’article sur les records des bambous.
