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Arbres et arbustes

La vigne vierge : pourquoi je l’adore (malgré deux défauts)

Par 8 min de lecture

Façade couverte de vigne vierge en début d'automne : feuillage encore vert au centre, rougissant autour des fenêtres
Photo : Florian Prischl, licence CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

L'essentiel

La vigne vierge japonaise (Parthenocissus tricuspidata) couvre un mur sain sans le percer, nourrit les pollinisateurs et rougit à l'automne grâce aux anthocyanes. Ses baies bleu-noir sont toxiques, ses ventouses laissent des traces, et les espèces à cinq folioles (P. inserta, P. quinquefolia) sont classées envahissantes dans plusieurs régions, dont le Grand Est.

Dans le premier article de cette série, j’ai réglé mes comptes avec le lierre et les grimpantes qui abîment les murs. Le lierre, je ne l’aime pas.

La vigne vierge, c’est l’inverse. Je l’adore.

Pas aveuglément : je lui reproche deux choses, et certaines espèces sont à éviter. Mais commençons par ce qui me plaît.

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Pourquoi j’aime autant la vigne vierge

Un mur qui change de couleur

L’été, son vert foncé brillant est superbe.

Et à l’automne, elle roussit, puis elle rougit. J’adore ce moment. Le mur passe du vert au cuivre, puis au rouge, parfois au pourpre, en quelques semaines. Et j’aime encore plus quand cela se fait par propagation, et qu’on a ce dégradé sur le mur qui passe du vert bouteille au rouge flambouillant.

Le mur qui vrombit

Ses fleurs, on ne les voit presque pas : ce sont de petits bouquets verdâtres cachés sous les feuilles, en début d’été. Mais on les entend.

Quand elle est en fleur, j’adore le vrombissement des murs. Des centaines de pollinisateurs travaillent dedans en même temps. On l’entend de loin. Et quand on passe devant, on comprend pourquoi le mur bourdonne. (Si vous n’avez jamais entendu un mur bourdonner, ça vaut le détour.)
Bien sûr, si vous avez peur des abeilles, guêpes et autres pollinisateurs, ça peut effrayer. Mais comme je le dis à mes invités, ils sont tous bien trop occupés, ils n’ont pas de temps de se soucier de nous.

Et ce n’est pas qu’une impression : la Royal Horticultural Society (RHS) classe la vigne vierge japonaise ‘Veitchii’ parmi ses plantes pour les pollinisateurs.

La pluie qui n’en est pas

Il y a aussi un autre bruit. Des petites boules vertes qui tombent du mur, et ça fait parfois comme un bruit de pluie. Ou de ruisseau au fond du jardin.

Ce sont de petites boules vertes qui éclatent en se divisant, et qui laissent sur la vigne une sorte de pistil.

Et c’est exactement ça. Ces boules vertes sont les boutons des fleurs. En s’ouvrant, chaque bouton écarte ses pétales verdâtres (cinq en principe), qui se détachent très vite. Au centre reste le pistil : la partie qui deviendra un fruit si la fleur a été pollinisée. Et le bruit ? Ces petits morceaux ne tombent pas par terre directement : ils rebondissent sur les feuilles d’en dessous, tout le long du mur. Des milliers de fleurs, des milliers de petits chocs sur les feuilles, avec les butineurs qui secouent tout ça : voilà la pluie.

Les fruits, eux, viennent bien plus tard, à la fin de l’été ou à l’automne : de petites baies bleu-noir, comme de minuscules grains de raisin. Sur mes vignes vierges à moi, je n’en vois pas.
Mais si la vôtre en porte, ces baies ne se mangent pas. La RHS les classe comme nocives en cas d’ingestion, pour nous comme pour les animaux de compagnie. Les services de l’environnement du canton de Vaud en Suisse précisent qu’elles contiennent de l’acide oxalique, et qu’elles sont si âcres que les accidents semblent rares. Rares, pas impossibles : avec des enfants qui jouent au pied du mur, expliquez-leur que ce n’est pas du raisin.

Les oiseaux, eux, ne se gênent pas. Ils les mangent et dispersent les graines. Retenez ce détail, il compte pour la suite.

Un vrai marqueur de saison

J’aime aussi qu’elle perde ses feuilles en hiver. La vigne vierge est un vrai marqueur de saison : verte au printemps et en été, rouge à l’automne, nue en hiver. On sait où on en est de l’année rien qu’en regardant le mur.

Et ses feuilles sont grosses, donc faciles à ramasser. Un coup de râteau et c’est fait.

Pourquoi elle devient rouge

Le rouge vient de pigments, les anthocyanes. Contrairement au jaune, qui est déjà dans la feuille et apparaît quand le vert s’en va, les anthocyanes sont fabriquées à l’automne, quand la feuille se prépare à tomber.

Leur production dépend de la météo. Des journées ensoleillées et des nuits fraîches donnent les rouges les plus vifs. Un automne doux et pluvieux donne des couleurs plus ternes. Le froid ne déclenche pas le changement de couleur, mais il en règle l’intensité.

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Un mur au soleil rougira donc mieux qu’un mur à l’ombre.

Mes deux reproches

1. La « nervure centrale » qui reste

Quand on ne ramasse pas les feuilles, elles se décomposent vite. Mais il reste le pétiole, la longue queue qui relie la feuille à la tige. Chez la vigne vierge, il est long et coriace.

Résultat : un tapis de petits bâtonnets. La solution est simple, mais il faut s’y tenir : ramasser les feuilles quand elles tombent, avant qu’elles ne « fondent ». Elles iront très bien au compost.

2. On ne peut pas vraiment l’enlever

La vigne vierge japonaise s’accroche par des ventouses au bout de ses vrilles. Au contact du mur, elles sécrètent une sorte de colle qui durcit en séchant. C’est très solide.

Le jour où l’on veut l’enlever, le mur gardera les traces des ventouses. Elle ne perce pas une maçonnerie saine, mais elle signe son passage. Si vous l’arrachez verte, elle peut même emporter la peinture ou la surface de l’enduit.

On peut atténuer les traces, pas toujours les faire disparaître :

  1. Coupez les tiges au pied et décrochez les grosses tiges sans tirer sur le mur.
  2. Attendez que les ventouses sèchent, quelques semaines. L’association américaine de l’industrie de la brique donne cette consigne pour les crampons de lierre (deux à trois semaines) : la même logique vaut ici.
  3. Grattez doucement avec un grattoir en plastique, lame à plat.
  4. Brossez à la brosse en fibre dure ou en nylon, avec de l’eau savonneuse, puis rincez. La brosse métallique raye facilement : testez-la d’abord sur un petit coin, ou évitez-la.
  5. Pas d’acide ni de produit chimique : ils risquent d’abîmer ou de tacher le mur.

Sur un enduit peint, il faudra sans doute repeindre. La vigne vierge, on la plante pour longtemps.

Quelle vigne vierge planter (et laquelle éviter)

Sous le nom « vigne vierge », on vend plusieurs plantes du genre Parthenocissus. Elles ne se valent pas.

  • Vigne vierge japonaise (Parthenocissus tricuspidata, surtout ‘Veitchii’) : feuilles simples à trois lobes, ventouses très efficaces. La RHS annonce 8 à 12 m de haut en 5 à 10 ans, et lui a décerné son prix du mérite horticole (AGM).
  • Vigne vierge de Virginie (P. quinquefolia) : feuilles à cinq folioles, ventouses bien développées. Plus de 12 m selon la RHS.
  • Vigne vierge commune (P. inserta) : feuilles à cinq folioles elle aussi, mais vrilles sans ventouses, ou presque. Elle ne tient pas seule sur un mur lisse : il lui faut un grillage.
  • Vigne vierge de Chine (P. henryana) : cinq folioles veloutées, veinées d’argent, rouges à l’automne. Plus calme en largeur, AGM elle aussi, mais moins rustique (H4 à la RHS, soit des hivers entre -10 et -5 °C environ).

Attention aux vignes vierges à cinq folioles

C’est le point que j’ignorais, et il est important. Les deux américaines à cinq folioles, surtout P. inserta, figurent sur plusieurs listes d’espèces exotiques envahissantes. Grâce aux oiseaux qui sèment leurs graines (vous voyez, le détail comptait), elles s’échappent des jardins vers les haies, les lisières et les forêts alluviales.

  • Grand Est (dont l’Alsace où je suis) : P. inserta est classée « plante exotique envahissante implantée » (liste des conservatoires botaniques, 2020).
  • Franche-Comté : « envahissante majeure » (liste du conservatoire botanique, 2016).
  • Occitanie : « modérée » ; Provence-Alpes-Côte d’Azur : « majeure ».
  • Bretagne : « potentiellement invasive » (liste 2024).
  • Suisse : P. inserta et P. quinquefolia sont sur la liste des espèces envahissantes de l’Office fédéral de l’environnement. Le canton de Vaud en interdit la vente et la plantation.

Moi qui suis en Alsace et qui veux en replanter, le choix est donc vite fait : ce sera la vigne vierge japonaise, P. tricuspidata. Pas une « vigne vierge » sans nom sur l’étiquette.

Une honnêteté quand même : même la japonaise commence à être surveillée dans le Sud-Est, où la liste de Provence-Alpes-Côte d’Azur la classe « émergente ». Dans le Midi, renseignez-vous auprès du conservatoire botanique de votre région avant de planter.

La planter et la conduire

La plantation

  • Quand : à l’automne ou au printemps, hors gel.
  • Où : au soleil ou à mi-ombre. Elle supporte l’ombre, mais rougit moins. Un mur sain, sans fissures ni enduit qui se décolle.
  • À quelle distance : la RHS conseille de planter les grimpantes à environ 45 cm du pied du mur, pour sortir de la zone sèche que le mur protège de la pluie. Inclinez la plante vers le mur.
  • Au début : un tuteur ou un petit treillis les deux premières années, le temps que les ventouses prennent.

La surveiller et la tailler

Elle s’accroche seule et elle est vigoureuse. C’est à vous de choisir où elle va.

  • Tuiles et toiture : coupez tout ce qui approche du bord du toit.
  • Gouttières et descentes : gardez-les dégagées. Les feuilles d’automne les bouchent vite.
  • Fenêtres et volets : dégagez les encadrements, sinon les ventouses s’accrochent aux menuiseries.

La RHS conseille de tailler au début de l’hiver, quand le mur est nu et qu’on voit ce qu’on fait. On peut aussi raccourcir en été ce qui file trop loin (en vérifiant qu’aucun oiseau ne niche dedans). Portez des gants : la sève peut irriter la peau.

Pour la multiplier, ses tiges s’enracinent facilement au contact du sol : le marcottage marche très bien. Et si vous voulez un mur qui bourdonne encore plus, j’en parle dans créer un refuge pour les pollinisateurs.

Questions fréquentes

Les baies de vigne vierge sont-elles toxiques ?

Oui, elles sont nocives si on les mange, pour l’homme comme pour les chiens et les chats. Elles contiennent de l’acide oxalique et sont très âcres, ce qui limite les accidents. Les oiseaux, eux, les mangent sans problème.

La vigne vierge abîme-t-elle les murs ?

Pas un mur sain : ses ventouses ne percent pas la maçonnerie. Elle laisse en revanche des traces quand on l’enlève, et ses tiges peuvent soulever des tuiles ou boucher des gouttières si on ne la taille pas.

Quelle vigne vierge n’est pas envahissante ?

La vigne vierge japonaise (Parthenocissus tricuspidata, feuilles à trois lobes) ne figure pas sur la liste des envahissantes du Grand Est, contrairement à ses cousines. Évitez les espèces à cinq folioles, P. inserta et P. quinquefolia. Dans le Sud-Est, même la japonaise est surveillée.

Pourquoi ma vigne vierge ne rougit-elle pas ?

Le plus souvent, elle manque de soleil, ou l’automne est trop doux et pluvieux. Les rouges les plus vifs viennent avec des journées ensoleillées et des nuits fraîches.

Alors, je la replante ?

Oui. La japonaise, sur un mur sain, loin des tuiles et des gouttières, avec un râteau à portée de main en novembre.

Elle laisse des bâtonnets dans l’allée et des traces sur le mur. Mais un mur qui bourdonne en été, qui fait le bruit de la pluie et qui flambe à l’automne, je n’ai pas trouvé mieux.

PS : avant d’acheter, regardez l’étiquette. Si elle dit seulement « vigne vierge », sans nom latin, demandez. Trois lobes, c’est bon. Cinq folioles, on repose.

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