Le lierre abîme-t-il les murs ? Lierre, glycine, vigne vierge… ce que les grimpantes font vraiment à votre maison

L'essentiel
Le lierre ne perce pas un mur sain : ses crampons s'insinuent seulement dans les fissures et les joints déjà abîmés, et c'est surtout l'arrachage qui dégrade la surface. Le vrai danger vient des grimpantes qui s'enroulent, comme la glycine, capable de tordre gouttières et pergolas.
Je vais être honnête dès la première ligne.
Je déteste le lierre. Depuis toujours.
J’ai des souvenirs de statues, dans le jardin de mes grands-parents, qui tombaient en miettes quand on enlevait le lierre. Et de vieilles pergolas en métal tordues. J’ai toujours cru que le lierre cassait tout ce qu’il entoure.
Sauf les arbres, qu’il aiderait à soutenir. J’ai derrière chez moi un cerisier mort depuis des années qui ne tient que grâce au lierre.
Alors j’ai vérifié : études, organismes sérieux, conservateurs du patrimoine. Verdict : j’avais raison sur certains points. Et tort sur d’autres. (Ça arrive.)
Le lierre abîme-t-il les murs ? Ça dépend du mur
La réponse courte : sur un mur sain, le lierre ne fait presque rien. Sur un mur déjà abîmé, il peut aggraver les choses.
Le lierre s’accroche avec des crampons, de petites racines aériennes qui poussent le long des tiges. Elles servent à tenir, pas à se nourrir. La Royal Horticultural Society (RHS), la grande société d’horticulture britannique, est claire : ces crampons sont incapables de percer une maçonnerie saine.
En revanche, ils vont là où ça s’ouvre déjà. Un joint qui s’effrite, une fissure, un enduit qui se décolle, une pierre tendre qui se délite : le lierre s’y glisse. Et comme ses tiges grossissent avec les années, elles finissent par élargir ce qu’elles ont trouvé.
Les murs les plus exposés sont donc les vieux murs : joints au mortier de chaux fatigués, pierres tendres, enduits anciens. C’est pour ça qu’en Angleterre, l’organisme public chargé du patrimoine (Historic England) conseille de ne laisser pousser le lierre que sur une maçonnerie en bon état, et de la surveiller.
Et l’humidité ? Plutôt une bonne surprise
On dit souvent qu’un mur couvert de lierre reste humide. Les mesures disent plutôt l’inverse.
English Heritage a confié à l’université d’Oxford une étude sur plusieurs années (« Ivy on walls », premiers résultats présentés en 2010). Selon le communiqué de l’époque, le lierre réchauffait les murs en moyenne de 15 % par temps froid et rafraîchissait leur surface de 36 % par temps chaud. Les murs couverts souffraient moins du gel, de la pollution et des sels que les murs nus.
La RHS ajoute qu’une couverture de lierre a même fait baisser l’humidité à l’intérieur des bâtiments en hiver, et qu’elle protège enduits et mortiers à la chaux du gel et de la pluie battante.
Une nuance, quand même : si la maison a déjà un problème d’humidité, le lierre peut empêcher le mur de sécher et l’aggraver. Et un feuillage épais cache les défauts. Une fissure qu’on ne voit pas, on ne la répare pas.
Le vrai moment dangereux : l’arrachage
C’est là que mes souvenirs prennent du sens.
La RHS le dit noir sur blanc : les crampons font surtout des dégâts quand on les arrache de force. Ils emportent avec eux la peinture, le mortier, parfois la surface de la pierre. Sur une statue en pierre tendre, déjà rongée par les années, je vous laisse imaginer.
Les statues dans le jardin de mes grands-parents ne tombaient peut-être pas en miettes à cause du lierre. Mais au moment où on l’enlevait. Nuance.
Toitures, gouttières, clôtures : là, oui
Sur un point, je n’avais pas tort. Le lierre qui monte trop haut pose de vrais problèmes :
- Toiture : les tiges se glissent sous les tuiles et peuvent les soulever, ainsi que les couvertines. Ça m’est arrivé dans mon garage.
- Gouttières et descentes : elles se bouchent, se déforment, se décrochent.
- Menuiseries et cheminées : le lierre s’infiltre partout où il y a un interstice.
- Clôtures en bois : les tiges passent entre les lames, grossissent, et finissent par écarter les panneaux.
- Structures légères : un vieux lierre pèse lourd, et son feuillage persistant prend le vent toute l’année.
Et les arbres ? Là, j’avais tout faux
J’étais persuadé que le lierre aidait l’arbre à tenir debout. Je n’ai trouvé aucune source sérieuse qui le dise. Le lierre ne soutient rien : il se sert de l’arbre comme d’une échelle pour aller chercher la lumière.
Il n’est pas non plus le parasite qu’on imagine. Contrairement au gui, il ne puise rien dans l’arbre : il se nourrit par ses propres racines, dans le sol. Ses crampons ne pénètrent pas le bois. L’Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt (WSL) note même qu’aucun ralentissement de la croissance du tronc n’a été confirmé par l’étude des cernes.
Il y a quand même des cas où il gêne :
- sur les jeunes arbres et les petits arbres à couronne étroite, qu’il peut étouffer ;
- sur les vieux arbres fragiles : son poids, la neige qu’il retient et sa prise au vent peuvent faire casser des branches, voire déstabiliser la couronne ;
- sur un arbre creux ou malade, il masque les défauts qu’un arboriste chercherait.
Et puis il faut lui reconnaître ça : c’est une plante précieuse pour la faune. Il fleurit de septembre à novembre, quand presque plus rien ne fleurit, et nourrit les insectes avant l’hiver. Ses baies noires mûrissent en fin d’hiver, au moment où les oiseaux manquent de tout. Son feuillage persistant abrite insectes, oiseaux et petits mammifères. Si vous voulez aller plus loin, j’en parle dans créer un refuge pour les pollinisateurs.
Les autres grimpantes : tout dépend de leur façon de grimper
C’est la vraie clé : une grimpante qui colle, une qui s’enroule et une qui se laisse porter ne font pas courir le même risque à votre maison.
Celles qui collent : crampons et ventouses
Le lierre, bien sûr. Mais aussi la vigne vierge (Parthenocissus), qui s’accroche par de petites ventouses collantes au bout de ses vrilles. Elle ne pénètre pas le mur, mais elle laisse des traces, et l’arrachage peut emporter la peinture ou l’enduit. Elle est aussi très vigoureuse : surveillez les toits.
Un point que l’on sait moins : certaines vignes vierges sont classées envahissantes. Leurs baies, mangées par les oiseaux, sèment des pieds dans les haies, les bois et les friches, où elles étouffent la végétation. C’est surtout le cas de la vigne vierge commune (Parthenocissus inserta, dont les vrilles n’ont pas de ventouses) et de la vigne vierge à cinq feuilles (P. quinquefolia).
Elles figurent dans les listes d’espèces exotiques envahissantes établies par les conservatoires botaniques, notamment en Alsace et dans le Grand Est, en Franche-Comté (où l’espèce est classée envahissante majeure), en Occitanie, et sur la liste des plantes potentiellement invasives de Bretagne. En Suisse voisine, leur vente et leur plantation sont même encadrées. Si vous voulez une vigne vierge sur un mur, préférez la vigne vierge japonaise (Parthenocissus tricuspidata, souvent vendue sous le nom de ‘Veitchii’), qui ne figure pas sur ces listes, et coupez les fruits si elle en fait beaucoup près d’un bois ou d’une haie.
La bignone (Campsis) grimpe avec des racines aériennes, pousse vite et drageonne : elle ressort un peu partout au pied. Mieux vaut la mettre sur un poteau ou une pergola solide que contre la maison. L’hortensia grimpant, lui aussi à racines aériennes, est beaucoup plus calme.
Celles qui s’enroulent : les volubiles
Elles tournent autour de tout ce qu’elles trouvent. Et c’est là qu’est le danger : ce qu’elles entourent, elles finissent par le serrer.
La championne, c’est la glycine. Avec l’âge, ses tiges deviennent de vrais troncs, lourds et durs. Une gouttière, une descente d’eau, un volet, un garde-corps : elle s’enroule, grossit, et tord. Une pergola ne fait souvent pas le poids. À savoir aussi : toute la plante est toxique, surtout les graines et les gousses. Attention aux enfants.
Le chèvrefeuille reste raisonnable. Le houblon repart du pied chaque année et sèche en hiver. Le kiwi est vigoureux et demande une structure solide. Et la renouée de Boukhara mérite une mise en garde : la RHS la décrit comme très vigoureuse, jusqu’à 8 à 12 m. À réserver à un grand grillage loin de la maison, si vous tenez vraiment à elle.
Celles à vrilles : les légères
La clématite (qui s’accroche par le pétiole de ses feuilles), la vigne, la passiflore, le pois de senteur. Elles s’enroulent autour d’un fil fin, jamais au mur lui-même.
Celles qui se laissent porter : les sarmenteuses
Rosiers grimpants, jasmin d’hiver, bougainvillée : ils n’ont aucun système d’accroche. Il faut les palisser, c’est-à-dire les attacher. Pour le mur, c’est le risque le plus faible. Pour vous, c’est un peu plus de travail.
Le tableau récapitulatif
| Plante | Comment elle grimpe | Support conseillé | Risque pour la maison | Entretien |
|---|---|---|---|---|
| Lierre | crampons | mur sain, ou grillage | moyen (fort sur mur abîmé, toiture, gouttières) | taille annuelle |
| Vigne vierge | vrilles à ventouses | mur sain, pergola | moyen (traces, vigueur) | taille annuelle, surveiller le toit |
| Bignone | racines aériennes | poteau, pergola solide | moyen | taille, enlever les drageons |
| Hortensia grimpant | racines aériennes | mur ombragé sain | faible | léger |
| Glycine | volubile | structure très solide, loin des gouttières | fort | taille deux fois par an |
| Chèvrefeuille | volubile | treillis, grillage | faible | léger |
| Houblon | volubile | fils, grillage | faible | couper les tiges sèches en hiver |
| Kiwi | volubile | pergola solide, câbles | moyen | taille annuelle |
| Renouée de Boukhara | volubile | grand grillage loin de la maison | fort | taille sévère, à éviter près du bâti |
| Clématite | pétioles qui s’enroulent | treillis, fils fins | faible | taille selon le groupe |
| Vigne, passiflore | vrilles | fils, treillis | faible | taille annuelle |
| Pois de senteur | vrilles | filet, rames | aucun (annuel) | aucun |
| Rosier grimpant, jasmin d’hiver, bougainvillée | sarmenteux, sans accroche | câbles ou treillis, à palisser | faible | palissage et taille |
Comment bien faire
Choisir le bon support
- Décollez le support du mur de quelques centimètres : un treillis sur cales ou des câbles inox sur tendeurs. L’air circule, et vous pouvez entretenir le mur derrière.
- Dimensionnez pour l’âge adulte : une glycine de vingt ans n’a rien à voir avec celle du jour de la plantation.
- Gardez vos distances avec les gouttières, les descentes d’eau, les volets et le bord du toit. Aucune tige ne doit les atteindre.
Tailler chaque année
C’est le geste qui évite tous les autres. Une taille par an suffit pour la plupart des grimpantes : on coupe tout ce qui file vers le toit, les gouttières, les fenêtres. Attention au calendrier : de mars à août, vérifiez qu’aucun oiseau ne niche dedans avant de sortir le sécateur.
Enlever un lierre proprement
- Coupez les tiges au pied, sans rien arracher.
- Laissez sécher le lierre sur place, plusieurs semaines voire quelques mois. Les crampons morts lâchent beaucoup plus facilement.
- Décrochez doucement les tiges sèches, de l’extérieur vers le centre. Testez d’abord sur un petit coin.
- Brossez les crampons restés collés avec une brosse dure ou un grattoir.
- Arrachez la souche si c’est possible. Sinon, recoupez les repousses au ras du sol.
- Contrôlez le mur et refaites les joints abîmés avant de replanter quoi que ce soit.
Pas de désherbant : sur ses feuilles brillantes, il ne sert à rien. Mettez des gants, le lierre peut irriter la peau. Et surtout, n’arrachez jamais un lierre vert sur un vieux mur.
Quand le garder
Sur un mur de clôture sain, un vieux mur de jardin en bon état ou un grand arbre vigoureux, le lierre peut rester. Il protège, il nourrit la faune, il ne coûte rien. Il faut juste l’empêcher d’aller là où il n’a rien à faire.
(Oui, c’est moi qui écris ça. Je m’étonne aussi.)
Et si vous voulez multiplier une grimpante plutôt que de la combattre, le marcottage marche très bien avec la plupart d’entre elles.
Questions fréquentes
Le lierre rend-il un mur humide ?
En général, non. Les mesures montrent plutôt un mur protégé de la pluie et des écarts de température. L’exception : une maison qui a déjà un problème d’humidité, où le lierre peut empêcher le mur de sécher.
Le lierre tue-t-il les arbres ?
Pas un arbre sain et adulte : il ne le parasite pas et ne l’étrangle pas. Il peut en revanche étouffer un jeune arbre, alourdir un vieil arbre fragile et cacher ses défauts.
Quelle grimpante planter contre une maison sans risque ?
Une plante à vrilles ou sarmenteuse sur un treillis décollé du mur : clématite, chèvrefeuille, rosier grimpant, jasmin d’hiver. Évitez la glycine près des gouttières et la renouée de Boukhara près du bâti.
Comment enlever les traces de crampons sur un mur ?
Laissez d’abord le lierre mourir sur place, puis brossez avec une brosse dure ou un grattoir. Sur un enduit fragile, testez d’abord sur un petit coin.
Alors, coupable ou pas ?
Le lierre n’est pas l’ennemi public que j’imaginais. Il abîme les murs déjà fragiles, les toitures et les gouttières. Il n’abîme presque pas les murs sains. Et il ne soutient pas les arbres, désolé pour mon moi d’avant.
Quant aux pergolas en métal tordues de mon enfance… Une grimpante qui s’enroule, grossit et serre tout ce qu’elle tient, ça ressemble beaucoup plus à une glycine qu’à un lierre.
Je dois peut-être des excuses au lierre. Je ne les lui ferai pas tout de suite.
PS : si vous avez une glycine contre la maison, allez jeter un œil à vos gouttières ce week-end. Juste pour voir.
