Tailler le pommier et le poirier : coursonnes, gobelet, cordon et palmette

L'essentiel
Pommiers et poiriers se taillent en hiver, hors gel. Sur les variétés qui fructifient sur coursonnes (la majorité), on raccourcit les rameaux latéraux à 3 ou 4 bourgeons et les prolongements de moitié ; sur celles qui fructifient en bout de rameaux, on ne raccourcit pas les brindilles, sous peine de couper la récolte.
Un pommier qui fait des pommes une année sur deux, un poirier qui monte au ciel sans donner une poire, des branches qui ploient jusqu’à terre sous le poids des fruits : dans presque tous les cas, la taille y est pour quelque chose. Trop, pas assez, ou au mauvais endroit.
Les grands principes (pourquoi tailler, quels outils, quelles erreurs générales) sont déjà dans notre article Quand et comment tailler vos arbres fruitiers. Ici, on entre dans le concret pour les deux fruitiers à pépins du jardin : où sont les fruits, où couper, et comment former un gobelet, un cordon ou une palmette.
Avant de couper : trouvez où votre arbre fait ses fruits
C’est LA question qui change tout. Regardez un rameau en hiver : vous y verrez deux sortes de bourgeons.
- Les bourgeons à bois : petits, pointus, plaqués contre le rameau. Ils donneront des feuilles et des pousses.
- Les boutons à fruits : plus gros, ronds, souvent un peu duveteux. Ils donneront un bouquet de fleurs, puis des fruits.
Les jardiniers ont tout un vocabulaire pour les petites pousses qui portent ces boutons :
- le dard, une pousse très courte et pointue, qui deviendra un bouton à fruit en un ou deux ans ;
- la lambourde, un rameau court terminé par un bouton à fruit ;
- la brindille, un rameau fin et plus long, souvent couronné d’un bouton à son extrémité ;
- la bourse, le renflement qui reste à l’endroit où un fruit a été porté, et qui se ramifie avec les années.
Un ensemble de dards, de lambourdes et de bourses rassemblés sur une branche s’appelle une coursonne. Et c’est là que tout se joue, car les variétés ne fructifient pas toutes de la même façon.
Les variétés qui fructifient sur coursonnes
C’est le cas de la grande majorité : ‘Golden Delicious’, ‘Granny Smith’, ‘Reine des Reinettes’, ‘Belle de Boskoop’, ‘Elstar’, ‘Jonagold’, ‘Idared’, ‘Royal Gala’, ‘Calville Blanc’, ‘Canada Gris’, et des pommes à cidre comme ‘Binet Rouge’ ou ‘Douce Moën’. Les fruits naissent sur les rameaux courts, près des branches. On peut donc raccourcir les rameaux latéraux sans risque : on favorise même la formation de nouvelles coursonnes.
Les variétés qui fructifient en bout de rameaux
Quelques variétés, surtout anglaises (‘Worcester Pearmain’, ‘Beauty of Bath’), portent leurs boutons à fruits au bout des brindilles. Si vous raccourcissez ces brindilles chaque hiver, vous coupez la récolte. D’autres sont à mi-chemin, comme ‘Bramley’s Seedling’, la grosse pomme à cuire des Anglais : elles se taillent comme les variétés sur coursonnes, en douceur.
Vous ne connaissez pas votre variété ? Observez l’arbre avant de couper. Si les boutons sont surtout au bout des rameaux fins, taillez léger. S’ils sont serrés le long des branches, taillez comme expliqué ci-dessous.
Quand tailler pommiers et poiriers ?
La taille principale se fait en hiver, pendant le repos de l’arbre, de la chute des feuilles jusqu’au gonflement des bourgeons. Sans feuilles, on voit bien la charpente et on distingue les boutons à fruits. Évitez les jours de gel, où le bois est cassant.
- Dans le Midi : de décembre à mi-février, car la végétation repart tôt.
- Dans le reste de la France : de décembre à début mars.
- Le poirier débourre avant le pommier : taillez-le en premier.
Les formes palissées (cordons, palmettes) reçoivent en plus une taille d’été, en juillet-août, sur les pousses de l’année. Elle freine la vigueur et pousse l’arbre à former des boutons à fruits.
Former un pommier en gobelet, année par année
Le gobelet est la forme la plus simple pour un arbre libre au jardin : un petit tronc de 60 à 90 cm et quatre branches principales qui s’écartent en laissant le centre ouvert. Comptez 4 à 5 ans pour bâtir la charpente. Toutes ces tailles se font en hiver.
- À la plantation (scion d’un an à une seule tige, planté de novembre à février) : coupez la tige à 75 cm du sol (60 cm sur un porte-greffe nanisant), juste au-dessus d’un bourgeon sain.
- L’hiver suivant : plusieurs pousses sont parties. Gardez les 4 plus fortes, bien réparties autour du tronc : ce sont les futures branches charpentières. Raccourcissez-les des deux tiers, au-dessus d’un bourgeon tourné vers l’extérieur. Supprimez les autres.
- Le troisième hiver : raccourcissez les prolongements des charpentières des deux tiers, et ramenez les rameaux latéraux à 3 bourgeons. Supprimez les pousses abîmées ou qui se croisent.
- Le quatrième hiver : raccourcissez les prolongements d’un tiers à la moitié, et les latéraux à une dizaine de centimètres. Dégagez le centre : bois mort et branches qui s’entrecroisent.
Pourquoi un bourgeon tourné vers l’extérieur ? Parce que la pousse qu’il donnera partira dans cette direction. C’est comme ça qu’on garde le centre ouvert à la lumière.
Tailler un pommier adulte
Une fois la charpente formée, la taille d’hiver dépend du type de fructification.
Variétés sur coursonnes
- Raccourcissez les rameaux latéraux de l’année à 3 ou 4 bourgeons depuis leur base.
- Les latéraux taillés l’année précédente ont fait de nouvelles pousses : ramenez celles-ci à 1 bourgeon.
- Raccourcissez les prolongements des charpentières de la moitié de leur pousse de l’année.
- Sur un vieil arbre, éclaircissez les coursonnes trop chargées : une bourse ramifiée en tous sens donne beaucoup de petits fruits.
Variétés en bout de rameaux
- Ne touchez pas aux brindilles courtes qui portent un bouton à leur extrémité.
- Raccourcissez seulement les prolongements des charpentières d’un tiers, au-dessus d’un bourgeon tourné vers le haut.
- Au bout de quelques années, rabattez les vieux rameaux épuisés pour les renouveler.
Les branches qui retombent
Le poids des fruits finit par courber les branches vers le sol. Prévoyez toujours, près du bout de chaque branche, une jeune pousse orientée vers le haut. Le jour où la branche est trop basse, coupez juste au-dessus de cette pousse : elle prend le relais, et sera remplacée à son tour quelques années plus tard.
Un pommier qui produit un an sur deux
C’est l’alternance : une année de grosse récolte épuise l’arbre, qui ne forme presque pas de boutons pour l’année suivante. Certaines variétés y sont très sujettes, comme ‘Bramley’s Seedling’ ou ‘Belle de Boskoop’.
Pour lisser la production, intervenez l’année où l’arbre est couvert de boutons. Au printemps, sur chaque coursonne, supprimez la moitié aux trois quarts des boutons à fruits, en n’en gardant qu’un ou deux. En juin, après la chute naturelle des petits fruits, éclaircissez encore : un ou deux fruits par bouquet suffisent. Moins de pommes cette année-là, mais plus grosses, et une récolte l’année suivante.
Et le poirier, il se taille pareil ?
Presque. Le poirier se taille comme le pommier, avec quelques particularités :
- Il fleurit tôt, et ses fleurs craignent les gelées de printemps. En région froide, une forme palissée contre un mur ensoleillé le protège.
- Il a souvent besoin d’un voisin pour être pollinisé : plantez deux variétés compatibles qui fleurissent en même temps (demandez au pépiniériste). ‘Conférence’ est réputée en partie autofertile, ce qui la rend plus facile seule.
- Il forme beaucoup de coursonnes, qui se ramifient vite. Sur un poirier adulte, raccourcissez les prolongements d’un tiers, les latéraux à 3 ou 4 bourgeons, et éclaircissez les groupes de coursonnes surpeuplés.
- Les oiseaux, bouvreuils en tête, raffolent de ses boutons à fruits en hiver. Un filet sur les petites formes peut sauver la récolte.
Quelques variétés, comme ‘Joséphine de Malines’, fructifient plutôt en bout de rameaux : taillez-les légèrement, en raccourcissant seulement les latéraux les plus longs au-dessus du quatrième bourgeon.
Les formes palissées : cordon et palmette
Pour un petit jardin, le long d’une allée ou contre un mur, les formes palissées sont imbattables. Elles demandent un support solide : des piquets et des rangs de fil de fer bien tendus, le premier à environ 40 cm du sol, les suivants tous les 35 à 45 cm.
Le cordon oblique
Un seul axe, planté incliné à 45° et attaché à un tuteur fixé aux fils. On ne raccourcit pas l’axe tant qu’il n’a pas atteint la hauteur voulue. Tout se passe en été : quand les pousses latérales de l’année sont devenues ligneuses à la base, on les ramène à 3 feuilles au-dessus de la petite rosette de feuilles de leur base. Les repousses éventuelles se recoupent à 1 feuille. En hiver, on se contente d’éclaircir les coursonnes trop denses.
La palmette horizontale
- Plantation, en hiver : rabattez le jeune arbre à environ 40 cm, juste au-dessus du premier fil, sur 3 bons bourgeons. Le plus haut donnera l’axe, les deux suivants les deux premiers bras.
- L’été suivant : attachez l’axe à un tuteur vertical, et les deux futurs bras à deux tuteurs inclinés à 45°.
- En décembre : abaissez doucement les bras à l’horizontale et fixez-les au fil. Coupez l’axe juste au-dessus du fil suivant, sur un bon bourgeon. Raccourcissez les latéraux des bras d’un tiers, au-dessus d’un bourgeon tourné vers le bas.
- L’été d’après : formez le deuxième étage comme le premier (à 45°, puis abaissé en hiver). Ramenez à 3 feuilles les pousses latérales des bras horizontaux et celles de l’axe.
- Chaque hiver, répétez jusqu’au dernier fil, puis coupez l’axe au-dessus du dernier étage. Les prolongements des bras se raccourcissent d’un tiers.
Vérifiez les attaches deux fois par an : un lien qui étrangle une branche laisse une cicatrice définitive.
Rajeunir un vieux pommier négligé
Un vieil arbre envahi de bois mort et de gourmands se reprend sur deux ou trois hivers, jamais d’un coup. Une taille trop forte provoque une forêt de gourmands l’été suivant, et on n’a rien gagné.
- Premier hiver : bois mort, branches malades (chancre : coupez bien en dessous, sur bois sain), branches qui se croisent, et éclaircissement du centre.
- Deuxième hiver : quelques vieilles branches mal placées, et raccourcissement des rameaux trop longs.
- Ensuite : taille d’entretien normale, avec un apport de compost au pied au printemps.
Autrefois, on recouvrait chaque grosse plaie de mastic ou de goudron. Aujourd’hui, on n’en met plus en général : une coupe nette, juste au ras du bourrelet à la base de la branche, cicatrise mieux à l’air libre. Les grosses branches se coupent par tronçons, pour que leur poids n’arrache pas l’écorce du tronc.
Avant d’abattre un vieux pommier ou un vieux poirier, vérifiez qu’il ne sert pas de pollinisateur aux arbres voisins. Et faites identifier sa variété : c’est peut-être une ancienne variété locale qui mérite d’être greffée. Plus de conseils sur la culture dans notre article Tout ce qu’il faut savoir sur les pommiers.
Les rameaux de taille sains se broient et font un excellent paillage. Le bois chancreux ou couvert de pourriture part à la déchetterie : pas au compost, et surtout pas au feu, interdit aux particuliers.
Questions fréquentes
Peut-on tailler un pommier en été ?
Oui, pour les formes palissées : en juillet-août, on raccourcit les pousses de l’année à 3 feuilles. Sur un arbre de plein vent, l’été sert surtout à supprimer les gourmands. La taille de structure reste une affaire d’hiver.
Que faire des gourmands ?
Ce sont les pousses très droites et vigoureuses qui partent du tronc ou du dessus des grosses branches. Supprimez-les à la base, de préférence en été quand ils sont encore tendres. Gardez-en un si vous avez besoin de remplacer une branche.
Mon jeune pommier ne donne rien : faut-il moins le tailler ?
Souvent, oui. Un jeune arbre taillé trop court chaque hiver répond en faisant du bois, pas des fruits. Une fois la charpente formée, allégez la taille et inclinez quelques rameaux vers l’horizontale : ils se mettront plus vite à fruit.
Combien peut-on couper sur un arbre en une fois ?
Sur un arbre adulte, restez raisonnable : au-delà d’un quart à un tiers du volume de la ramure, l’arbre réagit par une avalanche de gourmands. Mieux vaut étaler une grosse remise en forme sur plusieurs hivers.
Pour le choix du sécateur et le geste de la bonne coupe, voyez notre article sur les bases de la taille. Attention, les fruitiers à noyau (prunier, cerisier, pêcher) ne suivent pas ce calendrier : eux, on ne les taille pas en plein hiver. Un bon sécateur, un peu d’observation, et le pommier fera le reste. Il a l’habitude.
