Le marcottage : 5 techniques pour multiplier arbustes et grimpantes
L'essentiel
Le marcottage consiste à faire raciner une tige encore attachée à la plante mère, puis à la sevrer une fois enracinée. On le pratique à la fin de l'automne ou au tout début du printemps, par couchage simple, en serpenteau, à la chinoise, en butte ou en aérien.
Vous avez peut-être déjà remarqué, au pied d’un chèvrefeuille ou d’un vieux forsythia, une branche couchée au sol qui a fait des racines toute seule. C’est exactement le principe du marcottage : faire raciner une tige pendant qu’elle est encore attachée à la plante mère, puis la détacher pour obtenir un nouveau plant. Pas de serre, pas d’hormones, presque aucun risque d’échec. Pour les arbustes et les grimpantes qui bouturent mal, c’est souvent la méthode la plus sûre. Voici les cinq techniques à connaître, de la plus simple à la plus spectaculaire.
Pourquoi le marcottage réussit presque à tous les coups
Une bouture, une fois coupée, doit survivre sur ses propres réserves le temps de fabriquer des racines. C’est là qu’elle échoue souvent : elle sèche ou pourrit avant d’y arriver. La marcotte, elle, ne manque de rien : la plante mère continue de la nourrir en eau et en sève pendant toute la durée de l’enracinement. On ne la sépare (on dit qu’on la sèvre) qu’une fois les racines bien formées.
Comme pour la division ou le bouturage, la nouvelle plante est la copie exacte de sa mère : même couleur de fleurs, même parfum, même variété. Le seul inconvénient, c’est le temps : il faut en général compter quelques mois, parfois une année, avant de pouvoir sevrer.
Quelles plantes peut-on marcotter ?
Presque tous les végétaux ligneux dont une branche peut être amenée au contact du sol. Les grands classiques :
- les grimpantes : chèvrefeuille, clématite, jasmin, glycine, vigne ;
- les arbustes à branches souples : forsythia, hortensia, viorne, laurier-cerise, rhododendron et azalée ;
- les petits fruitiers et arbustes en touffe : groseillier, cassissier, noisetier, cognassier ;
- les plantes raides ou difficiles à bouturer, par le marcottage aérien : magnolia, certains conifères, et à l’intérieur le ficus (caoutchouc).
Un mot sur le chèvrefeuille : marcottez de préférence le chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), notre espèce indigène, plutôt que le chèvrefeuille du Japon (Lonicera japonica), qui a tendance à envahir haies et sous-bois dans certaines régions.
Quand marcotter ?
Pour les marcottages en terre, on a deux fenêtres : la fin de l’automne, quand la végétation se met au repos, ou le tout début du printemps, avant le départ de la végétation. Le bois est alors souple sans être en pleine pousse, et la marcotte a toute la belle saison devant elle pour s’enraciner. Le marcottage aérien se pratique plutôt au printemps, quand la sève monte. Seul le marcottage en butte (ou en cépée) commence en plein hiver, par une taille sévère.
1. Le marcottage par couchage simple
C’est la technique de base, celle que la nature pratique toute seule. On couche un rameau et on en enterre une partie, en laissant l’extrémité dépasser.
- Choisir le rameau. Prenez une branche souple, d’un an ou deux, qui part assez bas sur la plante, près de la base. Plus elle est proche du sol, plus elle se couche facilement.
- Creuser une petite tranchée à l’endroit où le rameau touche naturellement le sol, sur une quinzaine de centimètres de profondeur environ.
- Courber le rameau sans le forcer. Laissez-le prendre une courbe douce : une inclinaison trop brutale fait éclater le bois. Beaucoup de jardiniers pratiquent une petite entaille sous la partie enterrée, à l’endroit du coude : les racines se forment plus volontiers sur une blessure.
- Le maintenir au fond avec un crochet de bois taillé en fourche ou un cavalier en fil de fer.
- Reboucher avec la terre du jardin mélangée de terreau, ou de compost bien mûr.
- Redresser l’extrémité qui sort du sol contre un petit tuteur, et raccourcissez-la à quelques yeux au-dessus de la terre.
- Tasser fermement et arroser.
Pendant le printemps et l’été qui suivent, gardez la terre fraîche, binez autour et supprimez les pousses qui se développent sur la portion de rameau située entre la plante mère et la partie enterrée : toute la sève doit aller vers la future marcotte.
Sevrer et replanter la marcotte
Le sevrage se fait à la fin de l’été sur les espèces qui s’enracinent vite. Grattez d’abord un peu la terre pour vérifier : si les racines sont maigres, attendez une saison de plus, cela ne gêne en rien la plante mère.
- Couper le rameau au sécateur, du côté de la plante mère, juste à l’endroit où il entre dans le sol.
- Dégager la marcotte de la tranchée avec sa motte. Les racines se sont formées sur la courbure.
- Habiller les racines : coupez net celles qui sont abîmées ou trop longues.
- Raccourcir la tige pour encourager la plante à se ramifier.
- Planter à la place choisie, former une cuvette au pied et arroser abondamment.
La jeune plante reste fragile sa première année : arrosez-la par temps sec et protégez-la du froid avec un bon paillage. L’automne est d’ailleurs une excellente saison pour mettre en place une jeune plante, comme on l’explique pour la plantation des arbres et arbustes.
2. Le marcottage en serpenteau : plusieurs plants sur une seule tige
Le principe est le même, mais on fait onduler le rameau. Il plonge dans le sol, ressort, replonge, ressort encore, autant de fois que sa longueur le permet. Chaque partie enterrée fait ses racines, chaque partie aérienne garde au moins un œil qui donnera une tige. Résultat : plusieurs jeunes plants à partir d’un seul rameau.
Il faut pour cela une tige longue et très souple, capable de supporter plusieurs courbes sans casser. C’est la technique idéale pour les grimpantes ligneuses : chèvrefeuille, clématite, jasmin, glycine. Maintenez chaque creux avec un crochet. Au sevrage, coupez entre chaque section enracinée et traitez chaque morceau comme une marcotte simple.
3. Le marcottage « chinois » : le rameau entièrement couché
Ici, on ne fait pas onduler la tige : on la couche à plat sur toute sa longueur, au fond d’une tranchée peu profonde, et on la recouvre légèrement. Les yeux situés le long du rameau vont donner, au bout de quelques mois, une rangée de jeunes pousses qui sortent de terre comme les dents d’un peigne.
Gardez le sol propre et frais, et ajoutez un peu de terreau au pied des pousses à mesure qu’elles grandissent : elles s’enracinent mieux à la base. Quand elles ont fait leurs racines, coupez le rameau entre chaque pousse et transplantez-les. Si certaines vous semblent encore chétives, installez-les d’abord dans un coin de pépinière, le temps qu’elles prennent de la force.
4. Le marcottage en butte (ou en cépée) pour les arbustes en touffe
Pour les arbustes qui repartent volontiers de la souche, comme le groseillier, le noisetier ou le cognassier, on ne couche rien du tout : on fait pousser des rejets à la base, puis on les enterre debout.
- En hiver, rabattez toutes les branches de l’arbuste à quelques centimètres du sol.
- Couvrez la souche d’une butte de terre légère, pour recouvrir les rejets de souche.
- Au printemps, de nombreuses pousses sortent de la butte. À mesure qu’elles grandissent, ramenez de la terre à leur pied pour monter la butte peu à peu.
- L’hiver suivant, pendant le repos de la végétation, défaites la butte : chaque pousse a fait des racines à sa base.
- Coupez chaque pousse sous ses racines et replantez-la, en dehors des périodes de gel.
La souche n’est pas épuisée pour autant : on peut recommencer l’opération avec elle les années suivantes. C’est une façon très efficace de multiplier les petits fruits, et de garnir une haie comestible à moindres frais. Pour la culture des groseilliers une fois en place, voyez notre article sur la culture des groseilles.
5. Le marcottage aérien : quand la branche ne peut pas descendre
Certaines plantes ont des tiges trop raides ou trop hautes pour être couchées. Plutôt que d’amener la branche à la terre, on amène la terre à la branche. C’est la solution pour le magnolia, certains conifères, et les plantes d’intérieur comme le ficus, devenues trop grandes ou dégarnies du bas.
- Choisir une tige saine, de l’année précédente de préférence, et repérer l’endroit où l’on veut que naissent les racines.
- Effeuiller la tige sur une dizaine de centimètres.
- Retirer un anneau d’écorce d’environ un centimètre de large, tout autour de la tige, à l’aide d’un couteau propre. La sève qui descend des feuilles s’accumule au bord supérieur de la plaie, et c’est là que les racines vont apparaître.
- Entourer la plaie d’une bonne poignée de substrat humide : mousse, fibre de coco, ou terreau sans tourbe allégé de sable.
- Envelopper le tout d’une feuille de plastique, en manchon, ficelée sous la plaie puis au-dessus. Ce manchon garde l’humidité ; s’il est transparent, ajoutez une couche opaque (papier journal, aluminium) pour garder les racines à l’ombre.
- Surveiller de temps en temps : le substrat ne doit jamais sécher. Rouvrez et humidifiez si besoin.
Cette année la sécheresse et la canicule ont fait beaucoup de mal au marcotage aérien. Au printemps j’ai appliqué cette technique à plusieurs variétés de figues. Très peu ont pris, et beaucoup de branches où j’ai réalisé les marcottages sont mortes.
Je laisse encore quelques semaines avant de les sevrer, et on verra bien.
Quand les racines sont bien visibles dans le manchon, coupez la tige juste sous la motte, retirez le plastique sans casser les racines et plantez votre nouveau sujet en pot, dans un terreau léger. Tenez-le à l’abri du plein soleil et arrosez régulièrement pendant quelques semaines.
Autrefois, on conseillait de saupoudrer la plaie de poudre d’hormones et de l’entourer de tourbe ou de sphaigne. Aujourd’hui, on s’en passe volontiers. Les hormones de bouturage sont des produits de synthèse, rarement indispensables ici puisque la plante mère nourrit la marcotte ; ceux qui veulent un coup de pouce peuvent humidifier le substrat avec de l’eau de saule. Quant à la tourbe et à la sphaigne, elles proviennent des tourbières, des milieux rares qu’il vaut mieux préserver : la fibre de coco ou un terreau sans tourbe font très bien l’affaire. Pour bien choisir, consultez notre guide quel terreau pour quelle plante.
Les erreurs à éviter
- Casser le rameau en le courbant. Courbez progressivement, et choisissez une branche jeune et souple.
- Laisser sécher la terre. Une marcotte se forme dans un sol frais : arrosez par temps sec, surtout l’été.
- Sevrer trop tôt. Sans racines suffisantes, la marcotte sèche dès qu’on la coupe. Dans le doute, attendez.
- Prendre un rameau sous la greffe. Sur un arbuste greffé, une marcotte prise sur une branche de la variété donne bien la variété ; mais un rejet né sous la greffe donnera le porte-greffe. Choisissez toujours un rameau situé au-dessus du point de greffe.
Questions fréquentes
Comment marcotter un chèvrefeuille ?
C’est l’une des plantes les plus faciles : couchez une longue tige souple dans une petite tranchée, en simple ou en serpenteau, maintenez-la avec un crochet, recouvrez de terre mêlée de terreau et arrosez. Faites-le à la fin de l’automne ou au début du printemps ; la marcotte peut en général être sevrée à la fin de l’été suivant.
Combien de temps faut-il pour qu’une marcotte prenne racine ?
Quelques mois pour les plantes qui s’enracinent facilement, comme le chèvrefeuille ou le forsythia, souvent une année entière pour les arbustes plus lents comme le rhododendron ou le magnolia. On vérifie avant de sevrer.
Quelle différence entre marcottage et bouturage ?
La bouture est coupée de la plante mère avant d’avoir des racines ; la marcotte reste attachée et nourrie par la plante mère jusqu’à ce qu’elle soit enracinée. Le marcottage est plus lent, mais beaucoup plus sûr.
Peut-on marcotter en été ?
C’est possible avec des rameaux souples, à condition d’arroser régulièrement, mais la fin de l’automne et le début du printemps restent les meilleures périodes : la terre est fraîche et la marcotte a devant elle toute une saison pour raciner.
Dernier conseil : avant l’hiver, faites le tour de vos arbustes et repérez les branches basses qui touchent le sol. Certaines ont peut-être déjà fait des racines toutes seules, et vous offrent un plant tout prêt. C’est un bon moment pour le faire, en même temps que vous préparez le jardin à affronter l’hiver.
