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Conseils de pro

Fèves : semer en novembre (ou en février) et pincer au bon moment

Par 6 min de lecture

Jeunes plants de fèves tout juste levés dans la terre d'un potager, avec leurs premières feuilles bien vertes, à l'automne
Photo : Kolforn, licence CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

L'essentiel

Les fèves se sèment tôt : de fin octobre à fin novembre dans le Midi et l'Ouest, de fin février à mars dans les régions froides, en lignes espacées de 40 cm, à 5 cm de profondeur. Quand la plante porte cinq ou six étages de fleurs, on pince l'extrémité de la tige : moins de pucerons noirs et des gousses mieux remplies.

La fève est un légume à contre-courant. Quand tout le potager s’endort, elle se sème. Quand les autres légumes démarrent à peine, elle est déjà en fleurs. Et c’est justement ce décalage qui fait sa réussite : une fève semée trop tard, en avril, finit souvent noire de pucerons, avec trois gousses rabougries.

Le secret tient en deux gestes : semer tôt, en novembre ou en février selon votre région, et pincer au bon moment. Le reste, la fève s’en charge.

Pourquoi semer les fèves si tôt ?

La fève aime la fraîcheur. Elle germe et pousse par temps frais, et supporte sans difficulté les petites gelées une fois levée. En revanche, elle déteste la chaleur : au-dessus d’une vingtaine de degrés, ses fleurs avortent et la récolte s’effondre.

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Semée tôt, elle fleurit au printemps, à une période où les pucerons noirs sont encore peu nombreux. Elle forme ses gousses avant les premières chaleurs. Résultat : des plantes plus robustes, une récolte plus précoce, et le terrain libéré dès le début de l’été pour une autre culture.

Novembre ou février : quand semer chez vous ?

  • Dans le Midi, sur la façade atlantique et en Bretagne : semez de fin octobre à fin novembre. Les fèves passent l’hiver en jeunes plants et produisent dès avril-mai.
  • Dans le Nord, l’Est, le Centre et en altitude : attendez la fin de l’hiver. Semez de fin février à mars, dès que la terre n’est plus gelée ni détrempée. Récolte en juin-juillet.
  • Entre les deux (région parisienne, Val de Loire) : un semis de novembre peut réussir dans un coin abrité et une terre légère, mais l’hiver en décide. Le semis de février reste le plus sûr.

Les jeunes fèves supportent en général quelques degrés sous zéro. Lors d’un hiver rude, un voile d’hivernage posé les nuits de fortes gelées suffit à sauver la planche. Rien ne vous empêche, en climat incertain, de couper la poire en deux : la moitié du rang en novembre, l’autre en février. Vous verrez bien laquelle gagne.

Préparer la terre (sans trop la nourrir)

La fève demande une terre qui s’égoutte bien et riche en matière organique. L’eau stagnante est son ennemi principal en hiver : la graine pourrit avant de lever. En sol lourd, préférez le semis de février, ou semez sur une planche légèrement surélevée.

Inutile, en revanche, de la gaver d’engrais. Comme le pois et le haricot, la fève est une légumineuse : ses racines portent de petites nodosités qui captent l’azote de l’air. Un sol qui a reçu du compost pour la culture précédente lui suffit. Autrefois, on lui apportait des engrais chimiques dosés à l’are ; aujourd’hui, on évite, parce qu’elle n’en a pas besoin et que l’excédent part dans la nappe. Un peu de compost bien mûr à l’automne, et c’est tout. Pas de fumier frais.

Dans la rotation des cultures, placez-la là où ne poussaient ni pois, ni haricots, ni fèves l’an passé.

Semer les fèves, pas à pas

  1. Ameublir la terre à la grelinette ou à la fourche-bêche, sans la retourner, puis l’affiner au râteau.
  2. Tracer des lignes espacées de 40 cm environ. Pour gagner de la place, on peut faire des rangs doubles, avec 25 cm entre les deux lignes et un passage plus large entre chaque rang double.
  3. Déposer les graines tous les 10 à 15 cm sur la ligne, à 5 cm de profondeur environ. Autre méthode : des poquets de 2 ou 3 graines tous les 25 à 30 cm.
  4. Recouvrir et tasser légèrement au dos du râteau, pour coller la graine à la terre.
  5. Arroser seulement si la terre est sèche. En automne, la pluie fait généralement le travail.

Pour un semis de février, vous pouvez faire tremper les graines une nuit dans l’eau tiède : elles lèvent plus vite. En automne, dans une terre déjà humide et froide, mieux vaut s’en passer, pour ne pas les faire pourrir.

Un ennemi à connaître : les mulots et les corbeaux adorent les graines de fève. Si vous en voyez souvent au potager, posez un voile ou un grillage sur le semis jusqu’à la levée.

Butter, puis pincer : les deux gestes d’entretien

Butter les jeunes plants

Quand les fèves font 15 à 20 cm, ramenez de la terre au pied à la binette, sur quelques centimètres. Les tiges sont mieux tenues face au vent, le collet est protégé du froid, et la plante émet de nouvelles racines. Les variétés hautes apprécient en plus un tuteurage léger : deux ficelles tendues entre des piquets, de chaque côté du rang.

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Pincer au bon moment

C’est le geste qui fait la différence. Quand la plante porte cinq ou six étages de fleurs, et que les premières petites gousses se forment à la base, coupez l’extrémité de la tige, sur 5 à 10 cm, juste au-dessus du dernier bouquet de fleurs.

Pourquoi ? Pour deux raisons :

  • Contre les pucerons noirs. Ils s’installent d’abord sur cette pointe tendre. En la supprimant, on leur retire leur table préférée.
  • Pour de plus belles gousses. La plante arrête de grandir et envoie son énergie vers les fleurs et les gousses déjà formées.

Ne jetez pas les pointes : si elles sont saines, elles se cuisent comme des épinards. C’est l’un des rares légumes dont même la taille se mange.

Pucerons et maladies : le minimum à surveiller

Le puceron noir reste l’ennemi numéro un. Le pincement suffit souvent. Si une colonie s’installe malgré tout, coupez la partie atteinte, ou pulvérisez du savon noir dilué. Les coccinelles et les syrphes finissent généralement le travail. D’autres solutions sont détaillées dans notre article sur les solutions naturelles contre les pucerons. Autrefois, on sortait le pulvérisateur d’insecticide au premier puceron ; aujourd’hui, on s’en passe, d’autant que les fèves en fleurs attirent les abeilles et les bourdons.

Par printemps humide, les feuilles peuvent se couvrir de petites taches brun chocolat (le botrytis) ou de pustules de rouille. La prévention passe par un semis pas trop serré, une terre qui s’égoutte et une rotation respectée. Le cuivre (bouillie bordelaise) est rarement justifié au jardin pour les fèves : si vous l’utilisez, respectez les doses, car il s’accumule dans le sol au fil des années.

Quelles variétés choisir ?

  • Aguadulce : la grande classique des semis d’automne. Très longues cosses retombantes, bonne résistance au froid.
  • Séville : cosses longues et retombantes, précoce, adaptée aux régions douces.
  • Windsor : cosses plus courtes et grains larges, plutôt pour les semis de fin d’hiver.

Dans notre encyclopédie de 1954… On trouvait au catalogue une « fève naine hâtive à châssis », petite plante aux cosses dressées, faite pour pousser sous les vitres d’un coffre et donner ses fèves avant tout le monde. Dans les années 1950, la course aux primeurs ne s’arrêtait pas aux radis et aux laitues : même la fève avait droit à sa place au chaud. Aujourd’hui, un semis d’automne en pleine terre fait le même travail, sans vitrier. On vous présente ce vieux livre ici.

Récolter les fèves (et laisser les racines en terre)

Pour les manger fraîches, cueillez les gousses quand elles sont bien pleines mais encore vertes et souples. Les grains doivent être tendres, à peu près de la taille d’un ongle. Très jeunes, ils se croquent crus, avec un peu de sel. Plus gros, on les écosse, on les blanchit une minute et on retire la seconde peau, un peu coriace.

Pour des fèves sèches, laissez les gousses noircir et sécher sur pied, puis écossez et stockez les grains au sec.

Une fois la récolte finie, coupez les tiges au ras du sol et laissez les racines en terre. Leurs nodosités relâchent de l’azote en se décomposant : c’est un cadeau pour la culture suivante, idéalement un légume gourmand comme le chou ou le poireau. Les tiges, elles, partent au compost.

À savoir : certaines personnes, porteuses d’un déficit génétique en une enzyme (le déficit en G6PD), ne doivent pas consommer de fèves, crues comme cuites. C’est le favisme. Si quelqu’un de votre entourage est concerné, il le sait généralement.

Questions fréquentes

Les fèves supportent-elles le gel ?

Oui, une fois levées, elles résistent en général à quelques degrés sous zéro, surtout les variétés d’automne comme Aguadulce. Lors des fortes gelées, un voile d’hivernage et un buttage les protègent.

Quand pincer les fèves ?

Quand la plante porte cinq ou six étages de fleurs et que les premières gousses se forment. On coupe l’extrémité de la tige sur 5 à 10 cm, au-dessus du dernier bouquet de fleurs.

Peut-on semer des fèves en avril ?

Oui, mais la récolte sera plus maigre et les pucerons plus nombreux, car la floraison tombera en pleine chaleur. Dans les régions froides, mars est un bon compromis.

Quoi planter après les fèves ?

Un légume gourmand en azote : choux, poireaux, courges ou céleris. Ils profitent de l’azote laissé par les racines des fèves.

Les fèves sont l’un des rares semis de la saison : retrouvez les autres travaux du moment dans que faire au jardin en novembre.

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