Quel rosier pour quel usage : massif, haie, mur au nord, pergola, rocaille

L'essentiel
On choisit un rosier d'après l'usage avant la couleur : des nains d'une seule variété pour un massif (3 à 5 au m²), des rugueux ou arbustifs pour une haie, des grimpants remontants contre un mur ensoleillé, quelques lianes comme 'Albéric Barbier' pour un mur au nord, des lianes de plein air pour une pergola, et des miniatures à 20 cm pour une rocaille.
Un rosier grimpant planté contre un mur au nord qui ne fleurit jamais. Un « petit » rosier de massif qui dépasse 1,50 m au bout de deux ans. Une liane qui avale la pergola, puis le cabanon. La plupart des déceptions avec les rosiers ne viennent pas d’une maladie ou d’une mauvaise taille : elles viennent d’un rosier planté au mauvais endroit.
Bonne nouvelle : la règle est simple. On part de l’usage (massif, haie, mur, pergola, rocaille), on en déduit la forme de rosier, et seulement ensuite on choisit la couleur. Dans l’ordre inverse, c’est la loterie.
Les grandes familles de rosiers, en deux minutes
Les catalogues emploient beaucoup de mots pour peu de choses différentes. Pour choisir, il suffit de retenir trois critères.
- La forme. Un rosier nain reste sous 1 m environ ; un rosier buisson ou arbustif dépasse le mètre ; un grimpant (ou sarmenteux) allonge des rameaux de plusieurs mètres, parfois en une seule saison.
- La floraison. Un rosier non remontant fleurit une fois, en général en mai-juin. Un rosier remontant refleurit par vagues jusqu’à l’automne.
- Les fleurs. Grosses et souvent solitaires (les hybrides de thé, nos « roses de fleuriste »), ou plus petites et groupées en bouquets (polyanthas, floribundas, lianes).
Enfin, un rosier tige est une variété greffée en haut d’un tronc d’églantier d’environ 1 m : une petite boule sur un bâton.
Dans notre encyclopédie de 1954… Le floribunda, aujourd’hui le rosier de massif le plus banal qui soit, était présenté comme une catégorie « toute récente », dont on promettait qu’elle prendrait de plus en plus de place au jardin. Pari tenu. À la même époque, la rose vedette de toutes les listes s’appelait ‘Madame A. Meilland’, lancée en 1945 et connue dans le reste du monde sous le nom de ‘Peace’. Elle est toujours en vente, ce qui en dit long sur la qualité de ses gènes. On vous présente ce vieux livre ici.
Pour un massif : des nains, et une seule variété
Le massif est l’usage le plus courant. On y plante des rosiers nains : hybrides de thé pour les grosses fleurs, floribundas ou polyanthas pour un tapis de bouquets du printemps à l’automne.
Le conseil qui change tout : une seule variété par massif, surtout s’il se voit de loin. Dix couleurs mélangées, de près, c’est gai ; à vingt mètres, c’est une tache confuse. Dans un jardin plus libre, on découpe dans la pelouse plusieurs petites taches, chacune d’une variété, plutôt qu’un grand massif bariolé.
Vous tenez absolument au mélange (c’est votre jardin, après tout) ? Mettez les variétés les plus vigoureuses au fond si le massif est adossé, au centre s’il se regarde des deux côtés.
Combien de rosiers au mètre carré ?
Autrefois, on plantait très serré : jusqu’à neuf pieds au mètre carré, à 33 cm les uns des autres, pour un effet immédiat. Aujourd’hui, on préfère 3 à 5 rosiers au m², soit 45 à 60 cm entre les pieds selon la vigueur de la variété. L’air circule mieux entre les feuillages, qui sèchent plus vite après la pluie, et c’est la meilleure prévention contre la maladie des taches noires et l’oïdium.
Trois erreurs classiques autour du massif
- Le surélever. Un massif bombé au-dessus de la pelouse ou de l’allée laisse filer l’eau d’arrosage sur les côtés. Gardez-le au niveau du sol, sauf terrain très humide.
- Le coller au mur de la maison en plein sud. La chaleur réverbérée fait passer les fleurs en un rien de temps, et le pied du mur reste souvent sec.
- Choisir sur photo seulement. Regardez la résistance aux maladies avant le coloris. Le label allemand ADR, attribué après plusieurs années d’essais sans traitement, est un bon repère.
Et les rosiers tiges ?
Seul au milieu de la pelouse, un rosier tige fait un peu sucette. Il est plus à sa place pour ponctuer un massif de nains : un pied tige tous les trois à six rosiers, sur la ligne du fond ou au centre. Il peut même être d’une couleur franchement contrastée, un jaune au-dessus d’un rouge par exemple.
Pour des fleurs à couper : une planche à part
Couper des roses dans le massif, c’est le dégarnir. Si vous avez un coin de potager, réservez-y une planche de rosiers nains, à 50 cm entre les rangs et 35 à 50 cm sur le rang. On y circule facilement avec le sécateur, et le massif d’agrément reste intact.
Pour une haie fleurie : les arbustifs et les rugueux
Une haie de rosiers, ce n’est pas une haie de troènes. Elle ne se taille pas au cordeau, elle se laisse pousser en haie libre. Il faut donc des rosiers arbustifs, solides, qui fleurissent sans soins particuliers.
- Haie basse (60 à 80 cm) : les polyanthas et floribundas les plus vigoureux font de petites haies fleuries tout l’été. Plantez-les à 40-50 cm.
- Haie haute et défensive (1,50 m et plus) : les hybrides de Rosa rugosa, le rosier rugueux venu d’Extrême-Orient. Feuillage gaufré, peu malade, fleurs parfumées et souvent de gros fruits rouges en automne. Comptez 70 cm à 1 m entre les pieds. ‘Roseraie de l’Haÿ’, ‘Blanc Double de Coubert’ ou ‘Pink Grootendorst’ (aux pétales dentelés comme un œillet) sont des valeurs sûres depuis plus d’un siècle.
Une précaution avec le rugueux : en bord de mer, sur les dunes du littoral nord, le Rosa rugosa botanique s’échappe des jardins et colonise les milieux naturels. Dans ces régions, préférez ses hybrides, moins envahissants, et évitez de le planter près des espaces sauvages.
Les arbustifs font aussi de beaux isolés, ou des groupes de trois ou cinq devant des arbustes. Ils sont étrangement sous-employés.
Contre un mur ensoleillé : les grimpants remontants
Façades et murs de clôture exposés à l’est, au sud ou à l’ouest accueillent les grimpants à grandes fleurs remontants. Beaucoup sont des versions « Climbing » de rosiers de massif : une mutation qui allonge les rameaux, avec les mêmes fleurs.
Petit paradoxe à connaître : ces grimpants modernes remontent souvent moins bien que les vieilles variétés de type thé, noisette ou Bourbon. Si la floraison jusqu’aux gelées compte pour vous, regardez du côté de ‘Gloire de Dijon’ (jaune chamois), ‘Madame Alfred Carrière’ (blanc rosé), ‘Rêve d’Or’ ou ‘Zéphirine Drouhin’ (rose vif, quasiment sans épines, appréciée près des portes).
Côté plantation, ne collez pas le pied au mur : écartez-le de 30 à 40 cm, incliné vers le support. Le long d’un mur, la terre reste sèche, même après la pluie. Un treillage ou des fils tendus à quelques centimètres de la paroi laissent passer l’air derrière le feuillage.
Mur au nord : peu de candidats, mais il y en a
Un mur qui ne voit jamais le soleil est le cas le plus difficile. Autant le dire tout de suite : les grandes roses remontantes y fleurissent peu. Ce qui marche, ce sont quelques lianes vigoureuses à fleurs moyennes, en général non remontantes.
- ‘Albéric Barbier’ : blanc crème, feuillage presque persistant, très vigoureux, une grosse floraison en juin avec quelques fleurs plus tard.
- ‘Paul’s Scarlet Climber’ : rouge écarlate, une floraison généreuse en début d’été.
- ‘New Dawn’ et ‘Madame Alfred Carrière’ sont souvent cités par les rosiéristes pour les murs à mi-ombre ou exposés au nord : ils fleurissent moins qu’au soleil, mais ils fleurissent.
Un mur au nord qui reçoit un peu de lumière du ciel, sans arbre ni bâtiment en face, donne de bien meilleurs résultats qu’une cour fermée. Dans un vrai puits d’ombre, mieux vaut choisir une autre grimpante.
Pergola, arche, vieil arbre : les lianes de plein air
Pour une pergola, un portique, une arche, des chaînes tendues entre des poteaux ou le tronc d’un vieil arbre, on utilise les rosiers lianes (on dit aussi sarmenteux, ou ramblers dans les catalogues anglais). Très vigoureux, à rameaux souples, ils se couvrent de petites fleurs en bouquets, souvent en une seule floraison spectaculaire en juin-juillet.
Leur place est en plein air, bien ventilée, pas contre un mur chaud : coincés au soleil contre une paroi, beaucoup se couvrent d’oïdium (le « blanc ») et attirent les acariens. C’est particulièrement vrai pour ‘Dorothy Perkins’ ou ‘American Pillar’, superbes sur un portique, malheureux contre une façade.
- Pour une arche ou une pergola de jardin : ‘Albertine’ (saumon cuivré, très parfumé), ‘New Dawn’ (rose pâle, remontant, l’un des plus faciles), ‘Albéric Barbier’.
- Pour lancer dans un grand arbre : les lianes géantes, qui montent à 8 ou 10 m. Ne les mettez jamais sur une petite pergola : elles l’écraseraient en quelques années. Le jardinier propose, la liane dispose.
Les variétés les plus souples font aussi les rosiers pleureurs : greffées en haut d’une tige d’églantier de 1,50 à 2 m, leurs rameaux retombent seuls en cascade. Un tuteur vertical solide suffit, pour que le vent ne casse pas la tête.
Rocaille, bordure, muret : les miniatures et les couvre-sol
Les rosiers miniatures, hauts de 20 à 40 cm, se glissent entre les pierres d’une rocaille ou dans les fentes d’un muret fleuri. En bordure d’allée, plantez-les serrés, vers 20 cm, pour former une ligne continue. Comme leurs grands frères, ils veulent du soleil et une terre qui ne se dessèche pas en été.
Pour couvrir un talus ou le haut d’un muret, les rosiers couvre-sol (ou paysagers) font mieux : ils s’étalent plus qu’ils ne montent, retombent par-dessus les pierres et se contentent d’une taille légère. Le vieux polyantha ‘The Fairy’, aux pompons rose tendre, est un bon exemple de ce qu’on peut attendre.
Le bon moment pour planter tout ce petit monde arrive avec l’automne, quand les rosiers à racines nues reviennent chez les pépiniéristes. C’est d’ailleurs la meilleure saison pour planter arbres et arbustes, et les rosiers ne font pas exception.
Questions fréquentes
Quel rosier planter contre un mur exposé au nord ?
Une liane vigoureuse à fleurs moyennes : ‘Albéric Barbier’ et ‘Paul’s Scarlet Climber’ sont les plus sûrs. ‘New Dawn’ et ‘Madame Alfred Carrière’ tolèrent aussi la mi-ombre. Les grandes roses remontantes y fleurissent mal.
Quelle différence entre un rosier grimpant et un rosier liane ?
Le grimpant a des rameaux plutôt rigides, de grandes fleurs et refleurit souvent : il va contre un mur ou un treillage. La liane est plus vigoureuse et plus souple, avec des petites fleurs en bouquets, souvent en une seule floraison : elle va sur une pergola, une arche ou dans un arbre.
Combien de rosiers planter au mètre carré dans un massif ?
Trois à cinq selon la vigueur, soit 45 à 60 cm entre les pieds. Planter plus serré donne un effet rapide, mais l’air circule mal et les maladies du feuillage s’installent plus facilement.
Peut-on faire une haie uniquement avec des rosiers ?
Oui, en haie libre. Les rosiers rugueux et leurs hybrides font des haies hautes, denses et épineuses ; les floribundas vigoureux font de petites haies fleuries. Elles perdent leurs feuilles en hiver : pour un écran toute l’année, mélangez-les à des arbustes persistants.
Un rosier à sa place, c’est la moitié du travail fait. L’autre moitié, c’est un trou bien préparé. Et avant les premiers froids, pensez à préparer le jardin à affronter l’hiver.
