Diviser ses vivaces : la méthode la plus simple pour avoir des plantes gratuites
L'essentiel
Divisez vos vivaces en automne, quand elles ont fini de fleurir : sortez la touffe, partagez-la en morceaux qui gardent chacun des racines et des bourgeons, jetez le cœur épuisé et replantez aussitôt en arrosant copieusement.
Une touffe d’asters qui s’épuise au milieu et ne fleurit plus que sur les bords, une campanule qui déborde de la bordure, une hémérocalle devenue énorme : c’est le signe qu’il est temps de diviser. La division est la façon la plus simple, la plus rapide et la plus sûre de multiplier une vivace. Pas de graines, pas de serre, pas d’attente : en une demi-heure, une vieille touffe donne plusieurs plantes neuves, identiques à la plante mère, qui fleuriront dès la saison suivante (d’ailleurs c’est pareil pour les bambous qu’Alban est en train de vous présenter).
Pourquoi diviser une vivace ?
Diviser sert à deux choses. La première, c’est d’obtenir des plantes gratuitement : une belle touffe de campanule peut donner une dizaine de nouveaux pieds, de quoi garnir toute une bordure en deux ou trois ans. La seconde, souvent oubliée, c’est de rajeunir la plante. Avec les années, le cœur d’une touffe se dégarnit, les tiges s’affaiblissent et la floraison se raréfie. En la divisant, on renouvelle les racines et les pousses : la plante repart avec la vigueur d’une jeune.
Autre avantage par rapport au semis : une plante obtenue par division est la copie exacte de sa mère. Même couleur de fleur, même hauteur, même variété. Avec des graines, on a souvent des surprises. Aussi bien bonnes que mauvaises !
Quelles plantes peut-on diviser ?
Presque toutes les vivaces qui forment des touffes. On distingue en pratique deux familles, qui ne se traitent pas tout à fait de la même façon.
Les vivaces à racines fines : on divise la touffe
Ce sont les plantes dont les racines, nombreuses et fines, s’étalent en un chevelu d’où partent beaucoup de tiges. Elles se divisent très facilement :
- l’aster et le solidago (verge d’or) ;
- la sauge vivace et l’hélénium ;
- les campanules, en particulier celles des Carpates et des murs ;
- les sédums, les saxifrages, l’ancolie ;
- l’aubriète et l’héliopsis.
Les vivaces à grosse souche : on divise la souche
D’autres plantes ont une souche épaisse, charnue ou presque ligneuse, dans laquelle elles stockent leurs réserves. Ce sont souvent des vivaces au feuillage ample, qui aiment la mi-ombre :
- la pivoine, le delphinium, le lupin vivace ;
- les hostas et les hémérocalles ;
- l’heuchère, la monarde, la physostégie, le platycodon ;
- l’hellébore (la rose de Noël) ;
- les grandes gunneras, pour ceux qui ont la place.
Quand diviser ses vivaces ?
L’automne est la meilleure saison : la plante a presque fini sa saison, mais elle a encore un peu de feuillage. Mise en terre à ce moment-là, elle a tout l’hiver pour s’enraciner tranquillement et repart au printemps sans avoir souffert. C’est aussi ce qui est conseillé pour planter les arbres et les arbustes, pour les mêmes raisons.
Le printemps, au moment où la végétation repart, reste possible. Il convient même très bien aux plantes à grosses racines charnues : elles démarrent sur leurs réserves. En revanche, les vivaces à racines fines préfèrent l’automne.
Une règle simple pour les plantes à floraison précoce : on les divise après leur floraison, pas avant. L’aubriète, qui fleurit au tout début du printemps, se divise donc en automne. À l’inverse, l’héliopsis, qui fleurit en été, se divise très bien au printemps.
Deux cas particuliers : la pivoine et l’hellébore se divisent en automne, et seulement en automne. La pivoine déteste être dérangée ; elle a besoin de tout l’hiver pour s’habituer à sa nouvelle place.
Diviser une touffe, pas à pas
- Choisir la bonne plante mère. Prenez un pied sain et vigoureux, qui fleurit bien. Une plante malade donne des éclats malades.
- Choisir le bon jour. Temps doux, terre ni sèche ni détrempée : elle doit se travailler sans coller.
- Sortir la touffe entière. Creusez tout autour avec une fourche-bêche, à bonne distance, puis soulevez la motte sans arracher les racines.
- Partager. Coupez la touffe en deux ou plusieurs morceaux. Chaque morceau doit garder des racines et des bourgeons, sinon il ne repartira pas.
- Jeter le cœur. Sur une vieille touffe, le centre est souvent épuisé : il ne donnera plus rien. Gardez les morceaux de la périphérie, les plus jeunes.
- Replanter aussitôt. Ne laissez pas les racines sécher à l’air, même une heure.
Quel outil pour séparer la touffe ?
Pour une petite touffe, un couteau bien aiguisé, une grosse paire de ciseaux ou le sécateur suffisent. Pour une grosse touffe aux racines emmêlées, comme un vieil aster ou un solidago, il existe une astuce de jardinier : plantez deux fourches-bêches dos à dos au milieu de la touffe, puis écartez les manches. La motte s’ouvre en deux sans massacrer les racines. On recommence ensuite sur chaque moitié si l’on veut plus d’éclats.
Diviser une grosse souche (pivoine, hosta, hémérocalle)
Le principe est le même, mais avec plus de précautions. Les souches de pivoine sont irrégulières et étalées : creusez large pour ne pas les abîmer. Une fois la souche sortie, lavez-la au jet : sans la terre, on voit beaucoup mieux les bourgeons, qui sont bien visibles au printemps, et même d’un rouge vif chez la pivoine.
Tranchez ensuite la souche au couteau en morceaux équilibrés, chacun avec au moins un bourgeon et une part de racines. Une vieille souche peut donner une dizaine d’éclats, mais attention : plus l’éclat est petit, plus il mettra d’années à fleurir. Mieux vaut trois beaux morceaux que dix minuscules.
Ne jetez pas les petits morceaux tombés pendant l’opération, même s’ils semblent sans bourgeon : mis en pot et surveillés, ils reprennent très souvent, parce que leurs bourgeons n’étaient simplement pas encore visibles.
Certaines vivaces vieillissent vite et fleurissent moins au bout de quelques années : la scabieuse et le lupin, par exemple, gagnent à être divisés tous les trois ou quatre ans. Les asters, eux, épuisent le sol où ils poussent : déplacez-les tous les trois ans environ, en profitant du déménagement pour les diviser.
Replanter les éclats
Les éclats se plantent soit directement à leur place définitive, soit dans un coin de pépinière ou en pot s’ils sont très petits, le temps qu’ils grossissent. Les plus grands vont tout de suite en place ; les plus petits attendront le printemps, voire l’automne suivant.
À la plantation, formez une petite cuvette autour du pied et arrosez copieusement, même s’il pleut : l’eau sert surtout à plaquer la terre contre les racines. Surveillez ensuite les jeunes plants et arrosez-les par temps sec. Un paillage léger les protège du froid et garde la fraîcheur.
La pivoine fait exception : elle supporte mal d’être déplacée deux fois, donc on la remet directement à sa place définitive. Ses plaies cicatrisent en général bien, mais elle craint l’humidité stagnante : plantez-la dans un sol qui s’égoutte.
Autrefois, on conseillait de tremper les racines des éclats dans de la poudre d’hormones avant de les replanter. Ce n’est pas utile pour une division : les éclats ont déjà leurs racines, et une terre ameublie, un bon arrosage et un peu de compost suffisent largement. Les hormones de bouturage du commerce sont d’ailleurs des produits de synthèse, dont on peut tout à fait se passer au jardin. Même chose pour le paillage : on recommandait volontiers le film plastique noir, alors qu’aujourd’hui on lui préfère des paillis naturels (feuilles mortes, broyat, paille, écorces), qui nourrissent le sol en se décomposant.
Éclater sans tout déterrer : l’éclatage et l’œilletonnage
Pas envie de bouleverser un massif qui est beau ? On peut prélever des morceaux sans sortir la plante mère. On dégage la souche d’un côté, à la main ou au transplantoir, et on détache au couteau quelques éclats en périphérie, chacun avec un bourgeon et des racines. La plante mère reste en place et ne s’en aperçoit presque pas. Cela marche avec la plupart des vivaces : hosta, bergénia, liatris…
C’est exactement ce qu’on fait au potager avec l’artichaut : on prélève les œilletons, ces rejets qui poussent autour du pied, pour faire de nouvelles plantes.
Et les arbustes qui drageonnent ?
Certains arbustes multiplient tout seuls leurs pieds : ils émettent des drageons, des rejets qui sortent de terre à quelque distance de la souche, sur des racines traçantes. Le framboisier, le lilas et le millepertuis arbustif en sont les champions.
Pour en faire de nouveaux plants, choisissez quelques beaux drageons, supprimez les autres, et laissez-les attachés à la plante mère quelques mois, le temps qu’ils grossissent. Détachez-les ensuite à la bêche (ou au couteau pour les petits), avec une bonne part de racines, et plantez-les comme n’importe quel arbuste. S’il gèle ou si vous manquez de temps, mettez-les en pot en attendant.
Le framboisier est le plus facile de tous : ses jeunes cannes poussent au pied de la souche. On les prélève en automne ou tout au début du printemps, et on les replante dans une terre plutôt légère. Il pousse à peu près partout, et très bien le long d’un mur ensoleillé.
Un piège à connaître : sur une plante greffée, les drageons ne sortent pas de la variété, mais du porte-greffe. Un drageon de rosier greffé donnera un églantier, et celui d’un lilas greffé ne fleurira pas comme la plante mère. Le drageonnage ne vaut donc que pour les plantes sur leurs propres racines, comme la plupart des framboisiers. Sur les plantes greffées, au contraire, supprimez les drageons à leur base dès qu’ils apparaissent : ils épuisent la plante pour rien.
Questions fréquentes
Peut-on diviser une vivace en fleurs ?
Mieux vaut attendre la fin de la floraison. Une plante en pleine floraison dépense toute son énergie dans ses fleurs et reprend mal. Divisez en automne, ou au printemps pour les espèces qui fleurissent en été.
Combien d’éclats peut-on tirer d’une touffe ?
Cela dépend de la taille de la touffe : une belle campanule ou une vieille souche de vivace peut en donner une dizaine. Mais chaque éclat doit garder des racines et au moins un bourgeon, et plus il est petit, plus il mettra de temps à fleurir.
Tous les combien faut-il diviser ses vivaces ?
Dès que le centre de la touffe se dégarnit ou que la floraison faiblit. Pour la scabieuse, le lupin et les asters, comptez tous les trois ou quatre ans. La pivoine, à l’inverse, se laisse tranquille le plus longtemps possible.
Faut-il arroser après la division, même en automne ?
Oui, toujours, et copieusement, même par temps pluvieux : l’arrosage sert à tasser la terre contre les racines et à chasser les poches d’air. Ensuite, on arrose seulement si le temps est sec.
Avant l’hiver, profitez des derniers beaux jours pour faire le tour de vos massifs : c’est le moment de repérer les touffes à diviser, en même temps que vous préparez le jardin à affronter l’hiver.
